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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/742

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appareils ne sont pas directement reliés l’un à l’autre. Le circuit passant par un lieu éloigné, inaccessible à notre observateur, est formé d’un système continu d’appareils s’influençant les uns les autres, mais tous différens les uns des autres. Le premier, si l’on veut, est un barreau que le courant produit va aussitôt aimanter. Celui-ci à son tour met en jeu un nouvel appareil qui un peu plus loin fait avancer l’aiguille d’une horloge, et l’on peut continuer ainsi indéfiniment : l’aiguille, en passant sur un point du cadran, établit derechef un nouveau courant qui fait virer le miroir d’un galvanomètre comme ceux qu’on emploie dans les télégraphes transatlantiques, le rayon lumineux pourra être projeté de la sorte sur un mélange gazeux qu’il fera détoner, et dont l’explosion sera la source d’un nouveau courant qui rentre enfin dans l’appartement où nous avons laissé l’observateur, et dévie l’aiguille qu’il a sous les yeux. Il voit donc revenir à lui le courant qu’il a transmis, il a conscience de l’acte initial en pressant la pédale, il constate l’acte final en voyant la déviation de l’aiguille, voilà tout ; mais il ignore à la fois le nombre et la nature des transformations qu’a subies le courant dans tous ces appareils, qu’il ne connaît même pas de nom, et s’il arrive que la transmission d’une extrémité à l’autre du circuit se fasse mal ou incomplètement, qu’on lui demande d’expliquer ce défaut, il sera dans l’impossibilité la plus absolue de répondre. Le cas de cet observateur est un peu le nôtre en face des actes cérébraux qui séparent la volonté de l’exécution régulière des mouvemens. Nous avons conscience de l’acte initial, nous voyons le phénomène ultime ; mais tout ce qui les sépare est pour nous l’inconnu par excellence, et nous n’avons pas à en disserter. Il est puéril de chercher à expliquer ce qui se passe dans des appareils dont le fonctionnement ne peut pas même encore avoir un nom pour nous.

Il suffisait qu’il fût établi que l’enchaînement des actes nerveux se fait par la voie des conducteurs reliant les unes aux autres les différentes parties du cerveau, pour donner à penser que les différences intellectuelles des individus pouvaient tenir aux combinaisons plus ou moins nombreuses du réseau cérébral. On avait d’abord songé à rapporter l’intelligence à la masse du cerveau. Celui de Cuvier, qui se trouva être d’un poids extraordinaire, était un exemple souvent cité. Il fallut renoncer à cette opinion, qui ne pouvait se soutenir : on trouva pour la combattre d’autres exemples tout aussi illustres et probans. Le nombre et le dessin compliqué des circonvolutions à la surface de l’organe furent invoqués à leur tour sans plus de succès. Un professeur de Munich a réuni dans le petit musée physiologique de l’université le moule exact des cerveaux d’un grand nombre de personnes dont on connaît bien la biographie. Ce sont