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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/736

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et la maladie, l’influence de certaines substances qui semblent, comme le café, activer les fonctions cérébrales, ou d’autres qui l’entravent, — autant de causes qui influent à leur tour sur la transmission et la transformation des actes nerveux. La lutte de toutes ces influences si diverses a été connue, étudiée, bien avant qu’on soupçonnât l’explication que nous en donnons aujourd’hui, maintenant que nous connaissons la route suivie dans beaucoup de cas par ces courans multiples qui se combattent ou se contrarient. Le temps que met une impression extérieure pour parvenir à notre sens intime dépend beaucoup de l’attention : celle-ci supprime en quelque sorte tous les courans voisins qui pourraient contrarier celui que nous attendons, ou en troubler l’effet. Quand la voie est ainsi libre, la durée qui s’écoule entre l’impression sur les sens et la perception est presque inappréciable ; mais il semble alors que les impressions autres que celles qu’on attend doivent par contre suivre un plus long trajet, ou du moins sont retardées dans leur marche : elles mettent un plus long temps à nous parvenir. Si l’esprit est occupé ailleurs, une brûlure profonde peut se faire avant que nous songions à retirer la main. L’homme qui réfléchit profondément ferme les yeux, afin que les impressions lumineuses du dehors ne viennent point contrarier les transmissions nerveuses intimes qui se font au siège de sa pensée. L’application extrême finit même par éteindre dans certains cas toute perception étrangère à l’objet qui nous absorbe. L’histoire de tous les distraits le montre, entre autres l’anecdote physiologiquement vraie d’Archimède, que la voix du légionnaire ne tire point de son problème.

Entre les courans montans de la moelle et ceux qui partent du cerveau, le conflit est en quelque sorte permanent. Il y a antagonisme, lutte d’influence presque constante entre les deux centres, l’un siège des facultés supérieures qui caractérisent la vie animale, l’autre gouvernant les fonctions inférieures de la vie végétative. C’est ce que les moralistes ont appelé, d’’une expression assez juste cette fois, l’esprit et la chair. Les seules recherches un peu sérieuses des philosophes sur le mécanisme de nos passions appartiennent à l’histoire, déjà bien souvent faite, de ces rapports du physique et du moral. Les physiologistes à leur tour étudient cet antagonisme, qu’ils constatent sans d’ailleurs l’expliquer plus que les moralistes ou les philosophes, mais dont ils recherchent le siège précis. Tantôt il arrive que les courans venant de la moelle masquent, contrarient, éteignent ceux qui descendent du cerveau, et tantôt c’est l’inverse. Une piqûre provoque, comme on l’a vu, un double courant, l’un qui monte au cerveau pour devenir une perception, l’autre dont le résultat final est un mouvement de la main ; mais il se peut faire