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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/73

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et Jupiter lui-même y convie tous les mortels. « Hommes, lui fait dire Valérius Flaccus, quoique la route en soit difficile, dirigez-vous vers les astres. » Les inscriptions nous apprennent que ces idées philosophiques avaient pénétré partout. « Tu vas te rendre dans les demeures souhaitées, dit le fils d’un grand personnage à son père, qu’il vient de perdre ; Jupiter t’en ouvre les portes, il t’invite à y venir tout éclatant de gloire. Déjà tu en approches ; l’assemblée des dieux te tend la main, et de tous les côtés du ciel des applaudissemens retentissent pour te faire honneur. » Dans une autre inscription non moins curieuse, une pauvre femme, qui ne paraît pas appartenir à la société la plus relevée, dit avec assurance : « Ici repose le corps d’un homme dont l’âme a été reçue parmi les dieux. » Ces expressions, il faut le remarquer, sont celles mêmes dont on se sert pour les princes divinisés : on lit sur une médaille de Faustine que cette princesse a été reçue au ciel, sideribus recepta.

L’apothéose impériale étonne surtout ceux qui la regardent comme une institution improvisée et sans racines qui sortit un jour par hasard de la servilité publique ; la surprise diminue quand on voit au contraire que tout y acheminait les Romains, lorsqu’on rétablit les intermédiaires par lesquels ils y furent conduits. Ils la trouvaient florissante autour d’eux, chez toutes les nations de la Grèce et de l’Orient ; bien longtemps avant l’empire, ils s’étaient familiarisés avec elle en voyant les honneurs divins décernés à leurs généraux et à leurs proconsuls par les peuples vaincus. Elle ne répugnait pas d’ailleurs à leurs traditions nationales ; elle existait dans leurs croyances religieuses intimement unie à ce qu’ils respectaient le plus, au culte des morts, à la constitution de la famille. Dans les dernières années, l’opinion populaire que tous les morts sont des dieux s’était encore fortifiée en s’appuyant sur cette doctrine des philosophes qui mettait les hommes vertueux au ciel. Tout préparait donc, tout disposait les Romains à regarder l’apothéose comme la récompense naturelle des grandes actions. Faut-il être surpris qu’un jour l’admiration, la reconnaissance, ou, si l’on veut, la flatterie ait choisi cette façon de s’exprimer, quelque étrange qu’elle nous paraisse, que le peuple l’ait acceptée avec empressement, et qu’elle n’ait pas trop choqué les gens éclairés ?


II.

Les historiens ont raconté en détail les circonstances [tragiques dans lesquelles l’apothéose impériale prit naissance à Rome : c’est à César qu’elle fut décernée pour la première fois après Romulus.