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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/729

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Déjà Galien, voyant les nerfs se répandre d’une part dans les muscles et se distribuer d’autre part à la peau, à la langue, à l’œil, comprit qu’ils sont tout à la fois le principe du mouvement et du sentiment, qu’ils transmettent au cerveau, siège de l’âme intelligente, les impressions du dehors, et en rapportent l’excitation qui contracte les muscles. Tout cela n’était certainement pas bien clair dans l’esprit du médecin grec, mais comment ne pas l’admirer quand on voit douze cents ans plus tard Descartes et Haller reprendre la science au point même où l’avait laissée Galien ?

A toutes les époques, les doctrines philosophiques sur la vie se sont plus ou moins ressenties des théories régnantes en physique. C’est une influence presque fatale, et dont la biologie ne s’est jamais affranchie. Nous verrons les découvertes modernes sur la permanence et la transformation des forces invoquées aujourd’hui dans l’explication des actes nerveux. De même le grand débat entre les partisans de l’ondulation et ceux de l’émission pour expliquer les phénomènes lumineux eut son contre-coup dans la physiologie des nerfs. Les uns voulurent y voir une simple vibration ; les autres, Descartes du nombre, défendaient un système qui se rapproche davantage de l’émission : les « esprits animaux » s’écoulent par les tubes nerveux, soulevant dans leur course de « petites peaux, » des soupapes véritables, comme ferait un liquide. Haller se crut obligé de réfuter ce grossier matérialisme physiologique, où Galien lui-même n’était pas tombé ; mais au temps de Haller l’optique était délaissée, l’électricité était à la mode : donc il y eut un fluide nerveux comme il y avait un fluide électrique, un fluide magnétique. L’analogie toutefois était ici presque justifiée. Les phénomènes nerveux, par plusieurs points, offrent une ressemblance frappante avec les phénomènes électriques, si bien que, pour rendre compte des uns, le mieux est presque toujours d’invoquer les autres, mais la ressemblance est tout extérieure, et il n’y a, quant à la nature propre à leur « essence, » aucune identité. Qu’on n’aille point imaginer que les physiologistes ne voient dans le cerveau et le système nerveux qu’une sorte d’appareil de physique : on leur a prêté assez d’hérésies de ce genre pour qu’ils aient le droit de se prémunir à l’avance contre elles. Ils invoquent l’exemple de l’électricité pour rendre compté des phénomènes nerveux, absolument comme le physicien lui-même invoque la théorie positive des vibrations des corps pondérables pour expliquer les phénomènes lumineux par les vibrations supposées d’un prétendu éther.

Une découverte due aux physiologistes allemands est venue dans ces derniers temps simplifier considérablement l’étude du rôle des tubes nerveux en dénonçant une illusion dont on avait été