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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/660

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fêtes d’Eleusis, Callias, après la célébration des mystères, revêtu de son costume sacerdotal, signala au sénat Andocide comme ayant commis un acte d’impiété pendant la cérémonie qui venait d’avoir lieu. Ce fut de cet acte que prit texte Képhissios pour citer Andocide en justice devant un jury tout entier composé d’initiés. Un discours, attribué à Lysias, qui nous a été conservé en partie, prouve qu’à cet orateur se joignirent, au cours du procès, d’autres accusateurs. Le discours en question porte ce titre : Contre Andocide, à propos d’impiété (Κατ' Άνδοχίδου άσεζείας). Il a été écrit, sinon par Lysias, au moins par un contemporain, par quelque autre logographe, pour un membre de l’une de ces grandes familles qui présidaient depuis des siècles au culte d’Eleusis, pour un Céryx ou un Eumolpide. C’est peut-être la harangue prononcée par Callias. Il se produisait en ce moment dans Athènes, après tous ces désastres que l’on pouvait attribuer à la colère des dieux, une sorte de réaction piétiste dont Socrate devait être la plus noble victime. Les ennemis d’Andocide avaient beau jeu pour exploiter contre lui cette disposition des esprits. A l’occasion du récent délit, qui n’était là qu’un prétexte, on évoqua tous les souvenirs du passé. Ce fut sur le rôle joué jadis par Andocide dans l’affaire des hermès que porta le principal effort de l’accusation. Andocide répondit par son discours sur les mystères (περὶ μυστηρίων), le plus long et le plus important de ses ouvrages. Il fut acquitté.

Ce succès dut pour quelque temps imposer silence à ses ennemis et dégager sa situation. Huit ou dix ans plus tard, Andocide figure à la tête d’une ambassade chargée de discuter les bases d’un traité qui devait réconcilier Athènes, alliée des Thébains et des Corinthiens, avec Sparte, sa vieille ennemie. Xénophon, dans ses Helléniques, ne nous dit rien de cette négociation ; mais on a signalé bien d’autres lacunes chez Xénophon. Tout ce que nous savons de cet essai de transaction, nous le devons au discours sur la paix (περὶ ερηνῆς), prononcé par Andocide, au nom de ses collègues, devant l’assemblée populaire où il rendait compte de sa mission. Andocide s’y montre très au courant de l’état de la Grèce ; il y fait preuve de sens et d’esprit politique ; il y conseille par de très bonnes raisons d’adopter son projet, de voter une paix qui était en effet très avantageuse pour Athènes. Peut-être le passé et le mauvais renom de l’orateur firent-ils tort à l’opinion qu’il soutenait. Toujours est-il que la guerre continua. Cet échec dégouta-t-il Andocide de la vie politique ? Mourut-il bientôt après ? nous l’ignorons. Son biographe prétend qu’à la suite de cette ambassade il aurait été banni de nouveau ; mais il ne faut, selon nous, voir là qu’une de ces confusions comme en contiennent beaucoup ces Vies des dix orateurs. Le compilateur ne trouvait plus, à partir de ce moment,