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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/637

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naturelles, soit par l’action de l’homme. Plus on avance dans l’étude des espèces végétales et animales, plus on paraît approcher de la solution de certaines questions de premier ordre. Les mêmes plantes et les mêmes animaux se rencontrent-ils sur des terres éloignées, la pensée s’arrête aux circonstances qui ont favorisé les migrations ou amené le séjour de ces êtres sur plusieurs points isolés.

De nos jours se présente pour les naturalistes un nouveau sujet de préoccupation : — on est frappé des rapports entre les flores et les faunes de quelques régions du monde ; — ces rapports ont été indiqués entre les êtres observés au Thibet et ceux qui habitent l’Europe. Ce ne sont pas les mêmes espèces, mais les mêmes genres représentés par des espèces bien distinctes. Un fait aussi remarquable appelle des comparaisons de toute nature entre les pays où vivent ces plantes et ces animaux d’espèces différentes qui paraissent créés néanmoins pour un rôle absolument pareil. On aura une juste idée de ces analogies, si nous faisons un rapprochement entre quelques végétaux connus de tout le monde. L’éminent botaniste M. J. Decaisnes nous a signalé la curieuse parenté de nombreuses plantes de la Chine ou de l’Asie centrale et de l’Amérique du Nord. Ainsi le magnifique nelombo, qui croît au bord des rivières, sur les étangs et les marais de la Chine, est représenté en Amérique par le nelombo à fleurs jaunes, comme le nénufar du Japon par le nénufar étranger [1], le jasmin à grandes fleurs, qu’on admire dans les provinces de Quang-tung et de Fou-kien, par le jasmin de Virginie [2]. Un sureau asiatique et un sureau américain se montrent unis par d’égales ressemblances [3], ainsi que deux catalpas, que deux magnolias, que le platane oriental et le platane occidental [4]. C’est encore le gaînier du Japon ou l’arbre de Judée : et le gaînier du Canada [5], la dielytra et la diervilla de la Chine, l’une et l’autre représentées en Amérique par une espèce voisine [6]. De tels faits ne conduisent-ils pas à rechercher des analogies plus ou moins complètes dans les climats, à comparer les influences qui agissent sur la vie des êtres, à songer même à des relations possibles dans les temps anciens entre les deux continens ?

On comprendra donc tout le prix qu’il faut attacher aux grandes

  1. Nelumbium speciosum et Nelumbium luteum. — Nuphar japonica et Nuphar advena.
  2. Tecoma grandiflora en Chine ; Tecoma radicans en Amérique.
  3. Sambucus adnata en Chine et Sambucus canadensis dans l’Amérique du Nord.
  4. En Asie : Catalpa Bungei, Magnolia Yulan, Platanus orientalis ; en Amérique : Catalpa syringœfolia, Magnolia tripetala, Platanus occidentalis.
  5. Cercis japonica et Cercis canadensis.
  6. Dielytra spectabilis et Diervilla speciosa en Chine. — Dielytra formosa et Diervilla canadensis en Amérique.