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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/627

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dans les ménageries, ils rappellent un peu par l’aspect les ovibos des terres glacées du Labrador. Ils ont un pelage qui varie du blanc doré au brun clair, le chanfrein très courbé, les oreilles courtes, les cornes noires, très épaisses, et terminées en pointe aiguë. Pendant l’hiver, ces animaux vivent solitaires, en été ils voyagent souvent en grandes troupes, les mâles, les femelles et les jeunes ensemble confondus. Quelquefois ils descendent des montagnes et font des incursions sur le territoire chinois. Jusqu’à présent, on n’avait en Europe aucune connaissance précise sur cette espèce bovine que Hodgson avait observée, il y a plus de vingt ans, sur l’Himalaya. Cet animal, appelé le takin par les naturels, dit l’explorateur anglais, habite les montagnes Mishmi, et probablement il rôde jusqu’aux montagnes de la Chine et du Thibet ; — c’est ce qui vient d’être confirmé. Le takin, ajoute Hodgson, se plaît sur les montagnes les plus ombragées, où les précipices se rencontrent à chaque pas. Ce n’est qu’avec beaucoup de peine et en courant des risques que les naturels parviennent à le prendre [1].

Après les mammifères, quel monde curieux et charmant que celui des oiseaux qui peuplent l’âpre région du Thibet oriental ! À côté de créatures magnifiques, on voit en foule des espèces dont les parures sont aussi modestes que celles de nos oiseaux d’Europe. Des gallinacés pleins d’élégance, vêtus des plus beaux plumages, semblent avoir été rassemblés comme à plaisir sous les couverts des montagnes presque inaccessibles de la principauté de Mou-pin. Il y a des faisans d’une espèce voisine de celle d’Europe [2] et des faisans d’une espèce ravissante, qui s’appelle dans la science le faisan de Amherst. Cet oiseau a le port, comme tous les détails de la forme, comme toutes les élégances du faisan doré, qui est toujours l’un des ornemens de nos ménageries, mais il a d’autres couleurs et ces couleurs forment les plus jolis contrastes. Le faisan de Amherst a le cou, les épaules, le dos, les couvertures des ailes d’un beau vert métallique chatoyant, et chaque plume est terminée par une large zone d’un noir de velours. Sur la tête, le ton vert du corps est plus clair, et la petite huppe, semblable par la forme à celle du faisan doré, est d’un rouge cramoisi. Le camail, au lieu d’être d’un jaune d’or comme chez ce dernier, est d’un beau blanc d’argent avec une zone noire à toutes les plumes ; les grandes pennes des ailes sont d’une teinte sombre, relevée par des marques plus claires et par une bordure externe blanche, tandis que les

  1. Hodgson, estimant avec raison que le tâkin n’appartient pas au genre bœuf proprement dit, le regarde comme le type d’un genre particulier : l’espèce porte dans la science le nom de Budorcas taxicolor.
  2. Phasianus ambiguus, nommé par M. Jules Verreaux.