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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/623

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différentes régions, et partout les habitans savent profiter de la matière textile qu’on obtient simplement par la récolte des cocons. Au midi, c’est le plus grand des bombyx connus [1] ; au nord, le bombyx de l’ailanthe, dont on s’est tant préoccupé en France ; à l’ouest, dans les provinces du Sse-tchuen et de Koueï-tcheou, le bombyx du chêne et peut-être encore quelques autres espèces.


II.

L’exploration des montagnes du Sse-tchuen avait accru chez notre voyageur le désir d’atteindre au plus vite la région sauvage du Thibet. On assurait au savant naturaliste que dans ce pays il rencontrerait en foule des êtres extraordinaires ; on traçait de la nature un tableau qui devait faire rêver des premiers âges du monde, lorsque les hommes encore peu nombreux n’inquiétaient guère les animaux. C’étaient des bœufs sauvages, extrêmement redoutables, voyageant en bandes nombreuses, un mammifère singulier de la taille et de la couleur de l’âne, portant des cornes blanches, des sangliers appartenant au moins à deux espèces bien distinctes, errant dans les fourrés, et chose plus étrange, outre des ours noirs, des ours blancs, dont on signalait la présence dans le voisinage des glaciers de Ta-sué-chan. Puis des multitudes d’écureuils, les uns ayant la forme des espèces d’Europe, les autres ayant la peau des flancs étalée comme l’écureuil volant de Sibérie et se rapportant au genre des polatouches ; puis encore des marmottes de très grande taille. Dans le tableau, on n’oubliait pas les grands fauves de l’Asie dont personne ne désire la rencontre : les tigres, les panthères et d’autres terribles féliens. Lorsqu’on parlait des oiseaux, c’étaient des espèces de faisans ou d’autres gallinacés, ayant les parures les plus diverses et en même temps les plus magnifiques, dont on traçait des descriptions capables de plonger dans l’extase ceux qui s’émeuvent au spectacle des beautés de la nature. « Tout ce que je vois de mes yeux, tout ce que j’entends dire par des personnes dignes de foi, écrit le père Armand David, me donne l’espérance que je vais parvenir dans un bon endroit pour les explorations d’histoire naturelle. » En général, les récits de choses merveilleuses doivent être accueillis avec défiance, car la part de l’imagination chez les hommes peu éclairés est souvent extrême ; cependant on verra cette fois que le voyageur n’a pas été trompé. Déjà, il est vrai, quelques oiseaux fort remarquables obtenus des chasseurs chinois ou thibétains par les chefs des missions, M. Perny

  1. L’Attacus atlas.