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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/585

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il suffit à établir la préméditation de l’incendie de Paris, d’ailleurs confirmée par les ordres formels trouvés sur plus d’un cadavre.

Pendant ces intrigues et ces luttes intestines, l’armée de la France s’avançait comme une Némésis au pas lent et sûr. Déjà les batteries de brèche abattaient des pans entiers de muraille. Le comité de salut public, qui ne pouvait se prendre à ses criminels mensonges, se sentait déjà perdu, d’autant plus qu’il savait que les amis de l’ordre légal commençaient à se compter, qu’ils avaient leur signe de ralliement, et qu’ils avaient failli ouvrir une porte dans la nuit du 13 mai. Dès lors la commune recourut aux grands moyens. Elle fut servie à souhait par un épouvantable événement où Paris eut un avant-goût des spectacles qui l’attendaient la semaine suivante. Le mercredi 17 mai, vers six heures du soir, la cartoucherie de l’avenue Rapp faisait explosion. Du pont de l’Alma, on eût dit un Vésuve immense ouvrant soudain un cratère avec un retentissement qu’aucun tonnerre n’égale. Les gerbes enflammées venaient se confondre dans une nappe de fumée compacte qui s’étendait comme un linceul sur la cité, et d’où les projectiles meurtriers s’échappaient de toutes parts. Les femmes se jetaient la face contre terre en poussant des cris affreux. C’était une scène d’Herculanum. Sans tarder un instant, le comité de salut public profita de l’épouvante universelle, et attribua sans hésiter au gouvernement de Versailles un malheur que l’ivresse habituelle et la stupide négligence de ses subordonnés n’expliquaient que trop.

La dernière grande séance de la commune fut tenue le jour même. Se fondant sur des récits de massacres aux avant-postes qu’on se gardait bien de contrôler, la majorité décida que la loi sur les otages serait immédiatement mise à exécution. Les prêtres furent désignés comme devant être choisis les premiers. Depuis quelque temps, on faisait tout pour exaspérer contre eux la passion populaire. Des récits aussi ridicules qu’infâmes étaient mis en circulation sur leur compte, grâce aux anciennes sépultures trouvées dans les églises. Les clubs demandaient leurs têtes tous les soirs. Le comité de salut public multipliait les proclamations incendiaires tantôt dans une adresse aux villes de France, tantôt dans une philippique aux traîtres. Les municipalités renchérissaient, et les louves de la révolution annonçaient à leurs sœurs que l’arbre de la liberté avait besoin d’être arrosé de sang. Toute autre voix que celle de la démagogie enragée devait se taire ; les décrets de suppression frappaient non-seulement ce qui restait de journaux indépendans, mais encore le journal la Commune, qui avait protesté contre la loi des otages. Le comité de salut public allait plus loin : il interdisait toute publication de journaux pendant la guerre. Un décret du 16 mai rendait exigible une carte d’identité pour tous les citoyens, et con-