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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/572

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cobine du salut public, et on comptait bien l’imposer à la province par des apôtres en écharpe rouge.

Après le 18 mars, tout change ; la commune n’est plus que la consécration de l’idée fédérative poussée à l’extrême. Contradiction étrange, les montagnards professent le girondisme, les unitaires farouches sont devenus séparatistes, et ne parlent plus que des franchises de Paris. Ce revirement est d’autant plus singulier que les chefs du mouvement ont cherché leur point d’appui dans un ordre d’idées ou de passions absolument contraires ; ils ont exploité avec une habileté perfide l’irritation de la grande ville contre ceux qui voulaient lui ravir sa couronne de capitale. Il faudrait pourtant choisir entre les prétentions : on ne peut vouloir tout ensemble être le cœur et la tête du pays, et se constituer en ville indépendante ! On a dit que cette belle invention de l’isolement absolu était due au citoyen Assi, qui a été le grand inspirateur du mouvement à ses débuts, et serait un partisan fanatique des républiques italiennes du moyen âge ; le livre où M. Edgar Quinet a retracé leur histoire aurait été sa principale lecture, et aurait fait de lui en plein xixe siècle une sorte de Florentin du xive. Il se peut que le rêve d’un maniaque acquière de l’importance dans des jours de délire universel ; mais l’explication n’est pas suffisante. Il est certain que, si le comité de la garde nationale avait réussi à renverser l’assemblée des représentans de la France, il eût fait une révolution sur l’ancien modèle : il eût dicté ses lois d’une frontière à l’autre, et se serait soucié fort peu des franchises municipales des départemens. Il a proclamé Paris libre à défaut de Paris dictateur ; ne pouvant user du télégraphe pour réformer le pays, il a fait de nécessité vertu, et a déclaré qu’il n’avait jamais songé à dépasser le mur d’enceinte. Il s’était rabattu un moment sur la fédération des villes, le meurtre abominable du préfet de Saint-Etienne, contre lequel il n’a pas protesté, lui ayant donné quelque espoir ; mais il s’est vu bientôt obligé d’y renoncer. Chaque défaite nouvelle ranimait son enthousiasme pour l’idée fédérative et les franchises municipales, qui signifiaient, selon lui, le droit pour le conseil élu de faire à Paris et de Paris absolument ce qu’il voulait. Forcé de reconnaître que la Salente qu’il comptait édifier à sa guise s’arrêtait aux fortifications, il déclara qu’il n’avait jamais eu d’autre pensée, et que c’était la plus belle chose du monde. C’est ainsi que la commune montagnarde des vieux jacobins s’est transformée sous l’influence des événemens, et a élevé son échec complet en France à la hauteur d’un principe. Nous verrons du reste tout ce que ce prétendu principe recouvre d’incohérence.

L’empire n’a jamais usé de procédés aussi scandaleux que ceux qui ont été employés dans le vote du 26 mars et dans la validation