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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/555

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multitude de fatalités allant aboutir à cette dernière fatalité du 18 mars, et ce duel une fois engagé entre Paris envahi, enlevé par une surprise des factions, et la France réfugiée à Versailles, on était tenu de réussir à tout prix, de ne rien livrer à l’aventure, de marcher lentement pour marcher sûrement, d’attendre en un mot le jour où l’on pourrait revenir en masse sur cette insurrection pour l’écraser sous la puissance reconstituée et souveraine de la France. Ce jour, il a fallu l’attendre deux mois, deux mois pendant lesquels nous avons eu ce double spectacle : la commune s’épuisant dans les convulsions, l’armée française se recomposant d’heure en heure sous une main prévoyante, enveloppant peu à peu l’émeute dans un cercle de feu et de fer, marchant au but désigné à son intrépidité sans dévier un instant. Alors la grande et décisive lutte a commencé.

C’est le dimanche 21 mai que s’est engagé le combat corps à corps entre l’insurrection successivement rejetée derrière les murs de Paris et l’armée de Versailles s’avançant de toutes parts sous la protection de la puissante artillerie qui lui ouvrait le chemin. C’était le dernier mot de ce long travail de deux mois, et le premier mot de la tragédie nouvelle qui se préparait. Dès que nos soldats ont eu franchi les remparts au Point-du-Jour, du côté de Vaugirard, par les portes d’Auteuil et de Passy, la victoire n’était plus douteuse ; elle a été cependant rude et laborieuse à conquérir. Cette lutte qui commençait le dimanche 21, elle ne s’est achevée que le dimanche 28 mai. Sept jours entiers, elle a duré, sanglante, implacable, jusqu’à l’heure où les dernières bandes de la commune ont attendu l’assaut suprême dans leurs derniers retranchemens, à Belleville, à Ménilmontant, aux buttes Chaumont, dans cette funèbre citadelle du Père-Lachaise, où elles sont allées expirer sous les coups victorieux de nos soldats. Pendant ces sept jours, Paris n’a été qu’un vaste champ de bataille qu’il à fallu conquérir pied à pied. Les insurgés se croyaient encore à l’abri derrière toutes ces barricades dont ils avaient eu le temps de hérisser la ville ; ils comptaient peut-être épuiser des forces dans ces terribles combats de rues où les plus fermes courages s’impatientent, se lassent quelquefois de recevoir la mort de la main d’un ennemi invisible. Cette dernière espérance a été déjouée par une série de mouvemens stratégiques combinés avec une prudente et sûre habileté de façon à tourner, à neutraliser toutes ces défenses dont le formidable réseau s’étendait sur la cité tout entière, des Champs-Elysées à la barrière du Trône, de Montmartre à l’Observatoire. L’intrépidité des troupes a fait le reste en assurant le succès de la stratégie des chefs militaires. Chez tous ces vaillans et modestes troupiers, chez ceux qui revenaient d’Allemagne avec la tristesse de la captivité, comme chez ceux qui se souvenaient encore des rigueurs de la campagne de