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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/553

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 mai 1871.

Puisqu’après tant de malheurs dans sa guerre contre l’ennemi étranger la France s’est trouvée réduite encore à se reconquérir elle-même, à reconquérir Paris sur la plus criminelle des factions, elle a du moins aujourd’hui cette dernière et rassurante victoire. Elle a brisé la tyrannie des malfaiteurs subalternes, elle a dompté le monstre. C’est la victoire du droit, de la civilisation et du patriotisme ; mais cette victoire, la plus sombre de toutes les victoires des guerres civiles, de quels combats, de quelles anxiétés déchirantes, de quels sacrifices n’a-t-il pas fallu la payer ! Jamais, non jamais depuis que des êtres humains vivent en société, une catastrophe semblable n’aura retenti dans le monde ; jamais le délire d’Érostrates de ruisseau enrégimentés par le crime n’aura été poussé à ce degré de sinistre sauvagerie. Ils ont commencé par l’assassinat au 18 mars, ils ont régné par la terreur et la dilapidation ; pendant deux mois, ils ont fait de Paris le rendez-vous de toutes les perversités faméliques, de toutes les infamies, de tous les aventuriers de l’Europe accourus à la curée : ils se croyaient presque immortels dans leur domination de hasard ! Quand ils se sont sentis menacés, ils ont fini par l’incendie de la grande ville. Ce que l’imagination la plus violente, la plus insensée n’aurait pu ou n’aurait voulu prévoir, ils l’ont réalisé comme une œuvre digne d’eux en s’enfuyant devant nos soldats. Voilà leur histoire, voila l’histoire de ces quelques jours de combat et de deuil qui, selon le mot de M. Thiers, rendent Paris à son vrai souverain, la France, mais qui le lui rendent sanglant, mutilé, souillé, éperdu et à demi anéanti dans les flammes.

L’horrible tragédie est consommée. La France peut du moins respirer