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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/546

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ressaisir un triste regain de faveur de la part de ce peuple devenu ingrat, on insista pour obtenir (Dieu sait à quel prix) de la bienveillance ironique de M. de Bismarck le dangereux privilège de laisser à la garde nationale de Paris ses armes et ses canons, tandis qu’à ses côtés l’armée et la garde mobile subissaient un injurieux et inutile désarmement ; mais de toutes les concessions à une mauvaise popularité la plus grave avait été d’accepter ou de rechercher dès le commencement je ne sais quelle compromission avec le parti du désordre, avec ses chefs avérés, avec ses plus dangereux et ses plus tristes héros. Dès les premiers jours de septembre, on avait admis au partage du pouvoir des personnages trop fameux avec lesquels un gouvernement sensé ne devait avoir rien de commun. Il est vrai qu’on avait promis « qu’ils ne seraient pas les moins sages. » On se vantait à tout propos avec quelque naïveté de traverser une crise effroyable sans suspendre une seule loi. Il eût été plus juste de dire qu’on vivait au jour le jour sans en faire respecter une seule. On avait laissé mettre en liberté, et dans une liberté presque triomphale, les assassins de La Villette et bien d’autres, sous prétexte apparemment qu’un crime politique n’est pas un crime. Avec quelle sollicitude et quelle complaisance, regrettées des gens de goût, on avait distribué aux bataillons des faubourgs suspects des armes perfectionnées et des allocutions pompeuses ! Avec quelle solennité on leur avait apporté de l’Hôtel de Ville des drapeaux brodés avec l’or et les phrases de l’édilité parisienne, — ces mêmes drapeaux qui à quelque temps de là tombaient honteusement souillés dans les tranchées de Créteil ! Les agitateurs populaires furent comblés de caresses, de galons et d’honneurs. Tout cela en vain. Que serait-il arrivé, grand Dieu ! sous ce gouvernement qui se laissait prendre tout entier d’un coup de filet par l’émeute, si dans ces jours de péril suprême, sous le bruit incessant du canon prussien, les hommes d’ordre ne s’étaient pas levés en masse contre ces séditions toujours renaissantes, et ne les avaient refoulées avec horreur par une réaction du bon sens et de l’indignation publique, qui plus tard par malheur s’abstinrent, et laissèrent le champ libre à la folie et au crime !

Décidément, si l’optimisme officiel ne vaut rien pour former des hommes politiques, d’autre part l’opposition systématique est une mauvaise école de gouvernement. On y a pris des engagemens de parti qu’on ne peut plus rompre ; on y a soutenu, aux applaudissemens d’un public idolâtre, des thèses excessives que l’on ne peut pas, que l’on n’ose pas désavouer quand on passe de la responsabilité légère des discours à celle des actes ; on y a contracté des alliances compromettantes avec des passions impossibles à satis-