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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/484

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LE


TRAITÉ DE BRÉTIGNY




I.




L’époque à laquelle se rattache le traité de Brétigny est une des plus tristes de notre histoire. Elle rappelle à nos souvenirs une accumulation inouïe de calamités publiques : la France divisée entre plusieurs prétendans à la couronne et le royaume de saint Louis menacé de devenir une province anglaise, sous le sceptre des Plantagenets, comme l’Angleterre avait été jadis une sorte de province française après la conquête des Normands, — la guerre de cent ans et les sanglans épisodes qu’elle enfanta, — les journées funestes de Crécy, de Poitiers, — la captivité du roi Jean et de la fleur de la chevalerie française, — la guerre sociale mêlée à la guerre civile, — enfin un traité humiliant que fit accepter la crainte de plus grands malheurs encore, bien qu’il entraînât l’abaissement du pays, qu’il en mutilât le territoire, et qu’il lui imposât des charges accablantes. L’imagination des peuples fut comme affolée au spectacle de tels événemens, et la capitale ne résista point au vertige des esprits ; l’équilibre social en France parut ébranlé, et l’ordre salutaire de la civilisation fut un moment renversé. Tel est le sombre aspect de nos misères au xive siècle. La société française, y eût péri, si un jeune roi, justement appelé le Sage, n’eût à grand’peine obtenu le calme après l’orage, refoulé l’invasion étrangère, et remis à flot le vaisseau de l’état si cruellement éprouvé par la tempête.

L’étude historique à laquelle nous allons spécialement nous livrer doit donc nous montrer le roi Jean, l’héroïque vaincu de Poi-