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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/428

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les biens du délinquant seraient confisqués : les parens étaient responsables. La libre circulation fut ainsi presque complètement supprimée. Une ordonnance royale du 15 décembre, datée de Versailles, contenait les dispositions suivantes : « Art. 1er. Ceux qui vont rejoindre les troupes françaises sont punis de la confiscation de leur bien et d’un exil de dix années. — Art. 2. Le gouverneur-général prononce seul la condamnation, qui est exécutoire par le seul fait de sa publication au Journal officiel. — Art. 5. Quiconque s’absente plus de huit jours est supposé rejoindre l’armée française. Cette présomption suffit à le faire condamner. » Cette loi s’applique encore tous les jours, bien que l’état de guerre ait cessé entre l’Allemagne et la France. On remarquera qu’elle ne donne à l’accusé aucune garantie. Un arrêté du 20 décembre compléta ces mesures : tout habitant qui recevrait une personne étrangère à la commune devait en faire la déclaration à la police dans le délai de deux heures, la nuit comme le jour, sous peine de six mois de prison ; en cas de récidive, le coupable serait traduit devant la cour martiale. Au départ, une déclaration identique était nécessaire, dans le même délai, sous les mêmes peines.

Au mois de novembre dernier, l’Alsace entière était soumise à un régime qui n’est pas sans analogie avec la terreur. C’était à cet état déplorable qu’avaient abouti toutes les promesses de la Prusse. Peu ou point de journaux, une surveillance sévère des moindres paroles, un véritable espionnage si peu dissimulé que vous voyiez entrer tout à coup dans votre salon un homme de la police qui n’avait ni sonné, ni frappé. Interdiction presque absolue de quitter sa commune, impossibilité de correspondre parce que les lettres ou n’arrivaient pas ou n’arrivaient qu’ouvertes. Tel était l’état de la province, et à toutes ces tristesses s’ajoutait la douleur de ne connaître les efforts de la France que par des journaux allemands, de voir le pays inondé de brochures et d’articles où la patrie était attaquée sans merci. L’Allemagne poursuivait la propagande morale avec autant d’ardeur que la soumission matérielle ; mais nous devons nous renfermer ici dans l’étude de seuls faits administratifs.


III.

Malgré toutes ces rigueurs, l’Alsace ne faisait aucune concession ; elle témoignait même de ses sentimens français avec un courage que rien ne pouvait fléchir. C’est ainsi que ses médecins créaient des ambulances qui allaient se mettre au service de l’armée de la Loire ; des quêtes nombreuses étaient faites pour nos blessés. Il est difficile en ce moment de donner des chiffres complets ; mais aucune province de France n’a prodigué plus de secours à la section