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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/369

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point de vue des rapports de l’église et de l’état. Le sénat n’en est pas encore tout à fait à l’application du principe absolu de l’église libre dans l’état libre.

Telle qu’elle est, cette loi, dont M. Mamiani a été le rapporteur, et qui a été défendue par un des membres les plus libéraux du cabinet italien, M. Visconti-Venosta, cette loi résume et consacre toutes les garanties qui peuvent compenser le pouvoir temporel. Le pape a le caractère et les prérogatives de la souveraineté ; il est indépendant et inviolable dans son Vatican, complètement libre dans tous les actes de son ministère spirituel, dans ses rapports avec l’épiscopat, avec le monde catholique. Des ambassadeurs étrangers peuvent être accrédités auprès de lui comme par le passé, et il peut envoyer des nonces qui jouissent en Italie de toutes les immunités diplomatiques. Il peut avoir les gardes suisses, les gardes nobles qui lui conviennent, et il à une dotation de 3,225,000 fr., qui n’est pas à la merci d’un vote annuel, qui est inscrite sur le grand livre de l’Italie. Le collège des cardinaux, les congrégations, les ecclésiastiques employés au ministère spirituel du saint-siège, participent de l’inviolabilité pontificale. En un mot, le pape est un souverain en toute chose, moins le territoire : c’est ce qu’on nomme la loi des garanties papales. Ajoutons que la liberté des conclaves est aussi garantie.

Sans doute il eût mieux valu qu’une telle question, qui n’est point seulement italienne, fût débattue entre toutes les nations intéressées. Nous ne méconnaissons ni ce qu’il y a d’important particulièrement pour la France dans une affaire de cet ordre, ni ce qu’il y a de grave et de délicat dans la situation nouvelle faite au saint-siège ; c’est une révolution dont il reste à suivre les conséquences morales et religieuses. Il s’agit de savoir si, même en France, il y a des hommes qui croient possible de ressusciter le passé, de refaire le pouvoir temporel, qui croiraient bien politique de jeter en pâture à une assemblée inexpérimentée une question qui serait certainement de celles qui diviseraient le plus les esprits. On a pu se demander récemment quel sens avait dans une situation semblable la nomination simultanée d’un ambassadeur de France auprès du saint-siège et d’un ministre à Florence ; on a pu attribuer quelque mission mystérieuse à notre diplomatie nouvelle, diplomatie qui eût été peut-être un peu novice pour quelque grosse affaire. Évidemment le nouveau gouvernement français n’a porté aucune arrière-pensée dans cette double nomination ; tout ce qu’il peut souhaiter, tout ce qu’il souhaite, nous le croyons, c’est que l’Italie fasse au souverain pontife une large et juste mesure d’indépendance et de dignité. Au-delà tous les soupçons ne sont que des chimères. On peut être tranquille, la France n’est pas près de recommencer des expéditions de Rome ; mais en même temps elle a le droit de ne point rencontrer de mauvais sentimens là où ressentimens ne seraient qu’une révoltante et