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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/366

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lonté peuvent se rencontrer, où l’œuvre de pacification et de réorganisation qui nous est imposée peut s’accomplir par l’alliance, de nouveau confirmée hier encore, de l’immense majorité de l’assemblée et de M. Thiers.

C’est pour cela qu’on ne peut qu’éprouver une profonde tristesse devant des incidens comme cette scène parlementaire de ces jours derniers où M. Thiers, assailli d’interrogations et d’interpellations sur tout ce qu’il dit ou ce qu’il ne dit pas, s’est vu obligé de relever ce qu’il a vertement appelé des tracasseries et de poser nettement la question. C’était, on en conviendra, une étrange idée de choisir justement le jour où, par un décret de vandalisme, le marteau des démolisseurs allait s’abattre sur la maison du chef du pouvoir exécutif. L’alliance de l’assemblée et de M. Thiers est-elle donc en péril, est-elle devenue moins nécessaire ? Non évidemment, le vote qui a mis fin à cette scène l’a bien prouvé. Il faut pourtant être sérieux et savoir ce qu’on fait : si on veut remplacer le gouvernement d’aujourd’hui, il faut le dire ; il faut tout au moins éclairer le pays en lui montrant des forces d’opinion organisées, des chefs pour conduire ces forces et prendre la direction des affaires. Si on croit à la nécessité de ce pouvoir de l’expérience et du dévoûment, il ne faut pas affaiblir par des coups détournés et une fronde insaisissable ce qu’on se croit obligé de soutenir. Assez de ces petites tempêtes, revenons au travail, à l’œuvre de reconstruction nationale sans parti-pris. Les dernières élections municipales dans leur ensemble montrent bien que le pays partage cette pensée et sanctionne d’avance cette politique. Que sortira-t-il ensuite de là ? Sera-ce la république, sera-ce la monarchie ? Ce sera dans tous les cas la France, la vraie et grande France souveraine, reconstituée et en état de substituer ce qu’on pourra désormais appeler une solution nationale aux solutions impatientes des partis.

C’est en se refaisant elle-même à l’intérieur, c’est en retrouvant avec le sentiment de son devoir le secret de sa forte et généreuse vitalité, que la France reprendra, si elle le veut, sa place naturelle dans le monde, parmi tous ces peuples pour qui elle a été si souvent une amie et une alliée utile, et qui la regardent maintenant dans ses misères avec une indifférence mêlée de dédain. Il ne faut pas s’y tromper, tous ces événemens accumulés depuis dix mois ont été une humiliation pour notre ascendant moral, politique, diplomatique, au moins autant que pour nos armes. La France a tout à faire, non-seulement pour reconstituer sa diplomatie dans des conditions nouvelles, mais encore pour se gagner les sympathies, la confiance des peuples, pour obtenir d’être comptée dans les affaires du monde. Si nous voulons inspirer aux autres le respect de notre patrie, la première condition est apparemment de sentir, d’attester nous-mêmes ce respect patriotique, et c’est ici surtout que l’insurrection parisienne apparaît comme le plus désastreux attentat contre la grandeur nationale.