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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/363

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lions et qui n’est point du reste, sachons-le bien, un phénomène nouveau dans notre histoire. Toutes ces choses se sont produites aux heures des grandes crises nationales, surtout à la suite des guerres malheureuses, et presque toujours avec les mêmes caractères, avec les tentatives de fédéralisme communal entre Paris et les grandes villes au détriment des campagnes. Certes à toutes les époques, au xive siècle, après la triste paix de Bretigny, lorsque l’étranger était partout, au xvie siècle même, au temps des guerres civiles et de cette démagogie ligueuse des seize avec laquelle la commune actuelle a plus d’un rapport, la France a eu de cruelles détresses, elle a semblé plus d’une fois être sur le point de se dissoudre ; elle s’est relevée cependant de façon à faire envie aux peuples. Toutes ces tentatives ont échoué, l’unité nationale a survécu aux coups de l’étranger et aux coups des factions. Aux prises avec les mêmes périls aujourd’hui, elle résistera à tous les assauts, nous n’en doutons pas, comme elle y a résisté déjà.

Oui, sans doute, la France se relèvera, « elle le doit, elle le peut, » selon un mot récent de M. Thiers, et elle doit le vouloir. Elle le peut, à une condition cependant, c’est qu’elle ne se nourrira plus de chimères et de fantaisies ruineuses, c’est que tout le monde se mettra à ce travail de raffermissement et de réorganisation qui doit suivre la paix définitive avec l’étranger et la pacification intérieure. La paix avec l’Allemagne, elle est définitivement conclue maintenant, les dernières difficultés, qui étaient surtout d’un ordre financier, ont pu être dénouées à Francfort entre M. Jules Favre, M. Pouyer-Quertier et M. de Bismarck ; le traité est signé, le chef du pouvoir exécutif l’a dit, il y a trois jours, à l’assemblée de Versailles, La pacification intérieure, elle ne peut plus tarder désormais, et, à voir les signes de décomposition qui se manifestent dans la commune, nous touchons au dénoûment. La réorganisation nationale, c’est ce qui reste à faire, c’est l’œuvre de demain, et pour l’accomplir il y a deux forces, le gouvernement de M. Thiers et l’assemblée avec le concours du pays tout entier.

Certes, dans cette œuvre laborieuse, difficile et nécessaire, qui jusqu’ici a été entravée par les plus cruels contre-temps, personne ne peut disputer l’honneur du dévoûment à cette forte et active vieillesse qui ne connaît ni trêve, ni repos tant qu’il y a un devoir à remplir. Depuis trois mois bien comptés, M. Thiers est le conseiller ou plutôt le guide prudent, expérimenté du pays, et pour mesurer ce qu’il a fait, il faut se souvenir de ce moment où il entrait au pouvoir, de cette heure où il n’y avait plus d’armée, où il n’y avait plus d’administration, où le sol se dérobait sous nos pieds, où tout était à reconstituer enfin entre l’ennemi allemand tourbillonnant dans nos provinces et l’ennemi de l’intérieur épiant dans Paris l’occasion d’éclater. Ce qui a fait la force