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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/319

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sieurs circonstances plus ou moins rassurantes. Les appréciations déjà faites sur les huit différens groupes sont d’abord un moyen de contrôle et de vérification. Il y a évidemment là une raison de sécurité ; mais elle se fortifie grandement par quelques remarques économiques d’une portée générale qui tiennent au régime du travail dans la capitale.

Que ce soient les salaires les plus élevés qui aient été atteints les premiers, il serait impossible de le révoquer en doute. La nature des choses le voulait ainsi. Les rétributions les plus fortes se rencontrent en effet dans les industries de goût et de luxe, où l’ouvrier participe plus ou moins de l’artiste, et dans des applications d’une difficulté exceptionnelle. Ces travaux sont menacés dans toutes les crises industrielles ou financières, mais combien plus dans une tourmente politique et sociale ! Regardez plutôt les branches qui conservent quelques traces de leur ancienne énergie. N’est-ce pas celle du vêtement, ou en d’autres termes de la couture, branche ingrate, presque toujours incapable de nourrir les malheureuses femmes qui s’y cramponnent ? Avec cette loi infaillible qui menace de préférence les travaux les mieux rétribués, nous n’avons guère à craindre d’outrer la moyenne des sacrifices individuels. C’est effectivement du côté de ceux qui ont tout perdu que se rencontraient les salaires les plus avantageux.

Autre observation non moins concluante : il y a dans les industries de la capitale, surtout depuis une vingtaine d’années, une tendance que chacun a pu déjà reconnaître, et qui vise à rapprocher peu à peu la moyenne des salaires entre les différentes professions. En elle-même et dans une certaine mesure, cette tendance est bonne ; nous la croyons, pourvu qu’elle échappe à l’absolu et à l’arbitraire, souverainement juste. On ne peut nier que, dans la vie courante des familles, il n’y ait une somme d’exigences relatives aux besoins de première nécessité qui ne soient les mêmes partout. Il faut bien que partout aussi les salaires perçus fournissent les moyens d’y subvenir ; c’est là une question d’existence suspendue sur la tête de tous indépendamment de l’état pratiqué. Cette disposition assez générale prépare évidemment la route qui conduit à une moyenne uniforme.

En nous aidant de ces garanties, nous serons plus à l’aise pour déterminer l’unité indispensable à nos évaluations. Comme elle doit varier entre les hommes, les femmes et les enfans, on a nécessairement trois chiffres à déduire de l’ensemble des observations. Les traditions parisiennes vont ici particulièrement nous servir de boussole. Qu’on remonte jusqu’à une première enquête dressée par la chambre de commerce de Paris pour l’année 1848, qu’on descende