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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/282

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district et de leurs assemblées paroissiales ? Une telle assertion serait fort exagérée. Il s’en faut que nos voisins se précipitent à si grands pas dans la voie de la centralisation. Sans doute il y a depuis nombre d’années un mouvement général en Angleterre pour élargir les attributions des commissions de district aux dépens de celles des paroisses soit urbaines, soit rurales ; mais il n’en résulte pas que l’on veuille dépouiller entièrement ces dernières. Ce qui serait encore plus erroné, ce serait de croire que les commissions de district de l’agglomération de Londres vont être complètement sacrifiées au bureau métropolitain. Il ne vient à l’esprit d’aucun Anglais d’imposer à cette population de 3 millions d’habitans disséminés sur plusieurs lieues carrées un seul conseil municipal, omnipotent et composé de 60 ou 80 membres. Le jour où cette idée ferait des progrès en Angleterre, on pourrait dire adieu au self-government, ainsi qu’à la liberté britannique. Dans les diverses assemblées de district et de paroisse à Londres, plus de 100,000 individus prennent une part active à l’administration locale. Le jour où ils seraient remplacés par un bureau de 60 membres, il pourrait peut-être y avoir autant ou même plus d’ordre à la surface et de commodités extérieures ; mais la vie municipale serait éteinte, la population se désintéresserait des affaires locales : il ne pourrait plus être question de l’administration du pays par le pays.

Dans quelle mesure la France peut-elle faire des emprunts à l’Angleterre pour l’organisation administrative de sa capitale ? La question s’est posée devant l’assemblée nationale, et n’a pas été résolue. On connaît l’amendement de M. Raudot, qui a été soutenu avec énergie par une notable partie de la chambre, et qui a paru un instant sur le point d’enlever les suffrages. Il proposait de doter chaque arrondissement de l’agglomération parisienne d’un conseil municipal particulier ; des commissions spéciales composées de délégués de chaque conseil municipal auraient été chargées de régler les affaires intéressant l’ensemble de toutes les communes de Paris. M. Raudot croyait reproduire ainsi fidèlement l’organisation administrative de la ville de Londres ; il se trompait, et M. Léon Say, mieux informé, n’a pas eu de peine à démontrer cette erreur. Ce qu’il y avait d’erroné dans la proposition de M. Raudot, c’était la prétention de substituer au bureau métropolitain de Londres toute une série de commissions spéciales ayant chacune un objet particulier : il a été facile d’établir que les Anglais avaient abandonné ce système suranné, et qu’ils n’avaient pas reculé devant l’établissement à Londres d’un véritable conseil municipal central se superposant, sais les absorber, à tous les conseils de district. C’est aussi ce dernier régime que nous pourrions adopter pour Paris. Il