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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/272

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tutelle du pouvoir central soit une garantie sérieuse d’économie pour les localités et pour les contribuables. Dans quel pays au monde, jouissant du self-government le plus illimité, a-t-on vu un aussi scandaleux débordement de dépenses inutiles et luxueuses que dans nos villes et dans nos provinces les plus modestes ? Est-ce que les cités et les comtés d’Angleterre ou d’Amérique ont jamais subi une semblable extension de leurs dettes et de leurs charges ? Cette nuée de fonctionnaires imprévoyans que tous les gouvernemens successifs envoient sous les noms divers de sous-préfets, secrétaires-généraux, conseillers de préfecture, régir nos localités urbaines et rurales, sont par leur origine, par leur éducation et leur manière de vivre, les hommes du monde les plus impropres au métier de protecteurs des deniers des communes. Le moindre paysan et le moindre bourgeois ont des idées bien plus sérieuses et bien plus nettes de comptabilité ou d’économie. Si l’on entend tenir toujours nos villes en curatelle, il faut au moins leur donner d’autres conseils judiciaires que ces administrateurs inexpérimentés ou indifférons. Ne nous trompons point d’ailleurs sur le sens et l’extension de cette « autonomie » communale que tous les bons esprits réclament. Pour qu’une liberté soit efficace, il suffit qu’elle soit nettement délimitée. Les municipalités ne doivent pas dépendre des fonctionnaires du pouvoir central, ayant mission de les surveiller et de les contenir arbitrairement ; mais elles doivent être assujetties à des lois minutieuses qui circonscrivent avec rigueur le cercle où elles se peuvent mouvoir, qui mettent des bornes à leurs écarts possibles, en limitant notamment leur pouvoir d’emprunter, de vendre et de taxer les contribuables. Ce sont là d’ailleurs des questions d’attributions que nous ne pouvons qu’effleurer dans cette étude. L’unité politique n’a rien à craindre de l’indépendance des localités, si l’on sait et si l’on veut borner cette indépendance aux matières d’intérêt local. La démarcation est aisée à faire. L’ordre judiciaire par exemple, à aucun de ses degrés, ne doit relever des pouvoirs locaux. Il en est de même de la force publique. La garde nationale également est une institution qui doit disparaître. Des milices bourgeoises, subordonnées aux magistrats de la cité, sont en complète contradiction avec les principes de la société moderne. Ce sont des restes d’organisation féodale qui nous ramèneraient bientôt à l’état anarchique du moyen âge. Le nom même qui a été donné jusqu’ici à ces milices citoyennes est une sorte de protestation anticipée contre le rôle exclusivement local qu’on a voulu leur attribuer : toute force nationale en effet doit appartenir à l’ensemble de la nation, et dépendre uniquement du pouvoir central. L’abolition irrévocable de la garde nationale, c’est donc une mesure exigée non-seulement par l’état actuel des esprits, mais par la lo-