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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/260

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complète dans le régime d’administration entre nos plus grandes cités et ces petits groupes ? On parle d’un droit qui leur serait commun, comme s’il n’y avait pas des uns aux autres une aussi grande distance que du plus humble ruisseau au plus grand fleuve. Il est temps de revenir sur ces assimilations contre nature. L’exemple de l’Angleterre peut encore ici nous être utile.

Dans les débats de l’assemblée nationale, on a rappelé plusieurs fois les paroisses de Londres et leurs attributions ; mais l’on n’a pas pris soin d’expliquer ce qu’étaient en Angleterre les corporations qui portent cette dénomination de paroisses. Ce n’est pas seulement à Londres qu’elles se rencontrent, et qu’elles jouissent de droits administratifs, c’est sur tout le territoire de la Grande-Bretagne. Elles forment les cellules embryonnaires, les élémens constitutifs des comtés, qui correspondent à nos départemens, et des bourgs, qui sont les analogues de nos villes. Nées à l’ombre de l’église, elles furent d’abord des divisions ecclésiastiques, puis bientôt des divisions civiles et administratives. Elles jouissent de droits peu nombreux, très circonscrits, mais dont l’exercice n’est assujetti à aucun contrôle, à aucune immixtion, à aucun veto supérieur. La gestion de leurs biens, l’entretien de leur église, de leur cimetière, de leurs chemins, de leur éclairage, voilà à peu près leurs seules attributions. Elles n’ont aucun pouvoir de police. Quant à l’instruction publique, c’est jusqu’à ce jour en Angleterre un service privé sur lequel l’état exerce une influence indirecte au moyen de subventions.

Dans la sphène limitée que nous venons de décrire, la paroisse, soit rurale, soit urbaine, est maîtresse absolue ; l’organisation en est très simple et parfaitement en harmonie avec le petit nombre des attributions qu’on lui a concédées. Le corps souverain de la paroisse est le vestry, formé de tous les contribuables. Le vestry s’assemble toutes les fois qu’il plaît à ses membres d’en provoquer la réunion : dans ces séances, tout vestryman peut exposer ses vues, ses griefs, ses plaintes ; tous les intérêts de la paroisse y sont livrés à la controverse, et c’est la décision de la majorité qui fait loi. Cette petite assemblée est omnipotente, et n’exerce jamais directement son autorité, afin d’éviter les pertes de temps et les dissensions intestines ; par crainte aussi des excès de pouvoirs, elle ne la délègue pas à un seul, et il n’y a dans la paroisse anglaise aucun fonctionnaire qui corresponde à notre maire. Le vestry nomme des agens spéciaux pour la direction et la surveillance des divers services sur lesquels s’étend sa compétence : ce sont des marguilliers (church-wardem) pour le service financier du culte, un comité de sépulture (burial-board) pour l’administration du cimetière, des inspecteurs de routes (waywardens) pour la voirie, des inspecteurs de l’éclai-