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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/255

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roger la pratique des autres peuples, et de chercher, en dehors de la France, sinon des modèles, du moins des exemples. Les meilleures leçons sont ainsi perdues pour nous. Nous demeurons, comme le céleste empire, entourés d’une muraille qui arrête à nos frontières les idées de l’étranger. Il semble que nous n’ayons jamais rien à apprendre de nos voisins. Cette erreur n’a pas été à coup sûr une des moindres causes de nos désastres ; elle serait enfin notre perte, si, convaincus que notre système administratif est, comme on l’a dit, un objet d’universelle envié, nous persistions à ne vouloir tirer ni enseignement, ni profit des expériences faites par les autres nations. La vérité est que nous avons beaucoup à leur emprunter, et, notamment en ce qui concerne l’organisation municipale, on verra qu’il y aurait grand avantage pour notre pays à s’approprier les pratiques d’un peuple voisin, qui passe à bon droit pour jouir d’une solide liberté.


I.

La question municipale est plus compliquée qu’on ne le croit généralement en France. C’est un des plus grands défauts peut-être de notre esprit national de chercher la simplification et la symétrie à l’excès. À force de poursuivre à outrance les idées claires, nous sommes arrivés à ne savoir rien fonder ni rien tolérer. Cette logique farouche que nous portons dans toutes nos lois fait de nous le plus révolutionnaire et le plus instable de tous les peuples. La vie pratique comporte et exige bien plus de ménagemens, de concessions, d’irrégularités, d’anomalies même, que ne le suppose et ne le supporte notre génie absolutiste. Nous avons la constante habitude de ne voir et de n’étudier qu’une des faces des problèmes politiques ou sociaux. Nous cherchons toujours une formule courte et précise dont notre imagination s’empare, et sur laquelle nos réflexions se concentrent. C’est ainsi que la réforme de notre organisation municipale se présente aux yeux de la plupart des Français dans les termes suivans : « les maires seront-ils élus dans toutes les communes par les conseils municipaux ? » L’on ne saurait poser d’une manière plus étroite un problème plus complexe. Cependant l’assemblée nationale est tombée dans ces vieux erremens dont l’expérience eût dû lui montrer les écueils. Aussi a-t-elle fait une loi qui contient les plus étranges contradictions. Elle a d’abord décidé que les maires seraient élus par les conseils municipaux dans toutes les communes sans exception ; puis, adoptant un amendement de la dernière heure, elle a fait une dérogation pour les villes dont la population est supérieure à 20,000 âmes, ainsi que pour les chefs-lieux de département et d’arrondissement. S’est-on