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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/246

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Mecklembourg avouait 3,200 hommes tués, blessés ou disparus pour ses deux divisions prussiennes, 3,000 soldats et 130 officiers pour les deux divisions bavaroises. Quand bien même l’aile de Frédéric-Charles, qui avait été moins engagée, n’eût pas été maltraitée à proportion, le total ne laissait pas que d’être considérable.

C’est une justice à rendre à nos ennemis de reconnaître qu’ils ne se sont jamais endormis sur un succès. Dès le 6 au matin, l’état major allemand apprenait que de forts détachemens de l’armée fugitive avaient été aperçus de Jargeau à Gien, sur la rive gauche de la Loire ; le 3e corps, envoyé dans cette direction le long de la rive droite du fleuve, s’avança à marches forcées jusqu’à Nevoy, quelques kilomètres avant Gien ; il y heurta quelques pelotons de la garnison de Gien, qui se replièrent à la hâte. En même temps, une division de cavalerie marchait au sud jusqu’à Vierzon sans rencontrer autre chose que des francs-tireurs épars dans la campagne. Le 9e corps, ayant franchi la Loire au pont d’Orléans, suivit la route de Beaugency. Enfin les quatre divisions du grand-duc de Mecklembourg se dirigèrent par la rive droite sur Meung, où l’on disait que l’ennemi s’était reformé en grandes masses. On s’attendait du reste à trouver une forte résistance dans cette direction, puisqu’il était naturel que le commandant de l’armée de la Loire voulût couvrir la ville de Tours qui était encore le siège du gouvernement. Le 10e corps restait en garnison à Orléans. Or voici en réalité ce qui s’était passé de notre côté : Bourbaki s’était retiré de ses positions avancées de Bellegarde et de Ladon avec une précipitation que l’on ne s’explique guère, eu égard au bon état dans lequel devaient se trouver ses troupes. Franchissant la Loire sur les ponts de Jargeau, de Sully et de Gien, qu’il avait ensuite fait sauter, il avait concentré son monde dans le Cher aux environs d’Argent et d’Aubigny. Les débris du 15e corps, sous le commandement du général des Pallières, s’étaient repliés sous les murs de Bourges en laissant des avant-gardes à Vierzon pour préserver, s’il était possible, la bifurcation des chemins de fer du centre. Enfin le général Chanzy, avec le 16e et le 17e corps, quoi qu’ayant reçu l’ordre d’opérer sa retraite sur la rive gauche par le pont de Beaugency, s’était contenté de prendre de fortes positions entre Meung et Baccon, sur le terrain, bien connu de ses troupes, qui avait été le théâtre de leurs succès en novembre. Disons tout de suite qu’après la disgrâce imméritée du général d’Aurelle de Paladines, le gouvernement de Tours venait de partager l’armée de la Loire en deux commandemens : l’un, confié au général Bourbaki, comprenait les 15e, 18e et 20e corps, l’autre, confié au général Chanzy, s’étendait au 16e et au 17e. En raison de ce changement, la direction du 18e corps était donnée au général Billot, officier d’un réel mérite, qui en avait pré-