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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/244

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reçois deux dépêches, l’une de l’inspecteur du chemin de fer, annonçant qu’on a tiré sur votre train à La Chapelle, l’autre du général d’Aurelle ainsi conçue : « J’avais espéré jusqu’au dernier moment pouvoir me dispenser d’évacuer Orléans. Tous mes efforts ont été impuissans. Cette nuit, la ville sera évacuée. Je suis sans autres nouvelles.

« Signé : De Freycinet. »

« En présence de cette grave détermination, des ordres immédiats furent donnés de Blois pour assurer la bonne retraite des troupes. Le ministre ne rentra à Tours que vers trois heures du matin. Il trouva à son arrivée les dépêches suivantes, que le public appréciera :

« Orléans, 5 décembre, à 12 heures 10 minutes du matin.
« Général des Pallières au ministre de la guerre.

« Ennemi a proposé notre évacuation d’Orléans à onze heures du soir, sous peine de bombardement de la ville. Comme nous devions la quitter cette nuit, j’ai accepté au nom du général en chef. Batteries de la marine ont été enclouées ; poudre et matériel détruits. »

« Orléans, secrétaire-général à ministre de l’intérieur.

L’ennemi a occupé Orléans à minuit. On dit les Prussiens entrés presque sans munitions. Ils n’ont presque pas fait de prisonniers. »

« À l’heure actuelle, des dépêches des différens chefs de corps annoncent que la retraite s’effectue en bon ordre, mais on est sans nouvelles du général d’Aurelle, qui n’a rien fait parvenir au gouvernement. Les nouvelles reçues jusqu’à présent disent que la retraite des corps d’armée s’est accomplie dans les meilleures conditions possible. Nous espérons reprendre bientôt l’offensive. Le moral des troupes est excellent. »

Il y aurait injustice à critiquer tous les actes de M. Gambetta. Depuis qu’il était arrivé miraculeusement en province deux mois auparavant, le jeune dictateur de la république avait montré une confiance énergique qui entraînait les plus timides, une volonté opiniâtre qui domptait les obstacles matériels ; mais, aussi prompt à s’illusionner qu’impétueux dans ses décisions, il commettait la faute de condamner sans l’entendre le général d’Aurelle, qui avait été le serviteur trop obéissant de la délégation de Tours. Est-ce bien au commandant en chef de l’armée de la Loire qu’il faut attribuer l’échec d’Orléans ? La note ci-dessus, où l’ingérence du gouvernement central dans les opérations stratégiques se révèle à chaque phrase, ne permet pas de le penser. Nous ne saurions faire au général d’Aurelle que deux reproches, d’abord de n’avoir pas déclaré que ses lignes défensives en avant d’Orléans étaient insuffisantes, et en second lieu d’avoir consenti à lancer en avant le 15e corps, dont un militaire aussi expérimenté qu’il l’était devait savoir apprécier la faiblesse d’organisation.