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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/191

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tion de la France, et au gouvernement choisi par elle d’exécuter le mandat qu’ils ont reçu des circonstances les plus tragiques. Assemblée et gouvernement ont aujourd’hui une double tâche à remplir ; ils ont à résoudre cette douloureuse question parisienne qui est la première de toutes, et ils ont à conduire, à réorganiser le pays, qui marche derrière eux, qui a mis tous ses intérêts entre leurs mains. Quant à la question parisienne, elle est fort complexe, c’est une affaire de politique autant que de guerre où il s’agit uniquement de conquérir la paix entre Français ; l’illustre chef du pouvoir exécutif le sait mieux que tout autre, et après avoir pourvu à l’essentiel, après avoir refait en quelques jours une armée, il n’est point douteux que M. Thiers ne soit prêt à prodiguer les paroles, les moyens de conciliation ou, pour mieux dire, d’humaine pacification.

On peut à coup sur se lier à lui ; tout ce qui sera possible il le fera, et à voir l’émotion qui le domine toutes les fois qu’il parait à la tribune pour parler de ces terribles choses, on sent bien qu’il fait son devoir avec résolution, mais aussi avec une douleur qui égale sa résolution, selon son propre langage. Quant au pays, qui assiste de loin à ce douloureux spectacle, qui est peu informé et qui attend, la tâche de ce côté n’est point certes moins délicate, quoiqu’elle soit moins pénible. Ce n’est pas que la province se trouve dans un dangereux état moral, elle souffre seulement de l’incertitude. Ce qu’elle ne veut pas, elle le sait très bien, elle a une antipathie profonde pour toutes les tyrannies et toutes les agitations stériles ; elle n’est pas aussi parfaitement renseignée sur ce qu’elle sent, sur ce qu’elle pense, sur ce qu’elle désire : elle voudrait être éclairée et même un peu dirigée par ceux qui la représentent. Démêler la vérité de ces sentimens publics, dire au pays ce qu’il veut, donner une impulsion décidée, ce n’est point facile, nous en convenons, surtout lorsque la représentation nationale, d’où pourrait partir l’impulsion, est elle-même travaillée par bien des divisions intimes.

C’est cependant une nécessité, et ce n’est point une impossibilité avec une chambre et un gouvernement animés d’un même esprit de patriotisme, alliés dans une même œuvre de pacification et de réorganisation : qu’on écarte résolument toutes les questions qui divisent et qu’on s’établisse simplement dans les conditions si souvent définies par le chef du pouvoir exécutif lui-même, qu’on marche d’un commun accord sur le terrain de la république de fait, où l’on s’est placé avec le dessein d’en tirer le meilleur parti possible. M. Thiers disait récemment à la chambre que le gouvernement ou le droit de gouverner était le prix de la sagesse, de la raison. Oui, de la raison, il en faut beaucoup, et il faut aussi de l’action, de la résolution, de la netteté, de la hardiesse, si c’est nécessaire, de cet esprit libéral et généreux qui passe si aisément d’une