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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/190

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d’isolement moral, et elle a peut-être aussi développé, fortifié ces sentimens de réaction si prompts à renaître dans les troubles publics.

La commune en réalité a eu cet étrange résultat de rendre tout à coup une sorte d’à-propos à une question toujours épineuse, particulièrement difficile à débattre en certaines heures, et qu’on croyait du moins résolue pour le moment, la question de la capitale, du siège du gouvernement. Qu’une telle question puisse naître, n’est-ce point déjà un des plus tristes signes du trouble maladif des esprits ? Paris menacé de toutes les ruines matérielles, Paris moralement atteint, privé, ne fût-ce que momentanément, de tout ce qui fait sa force et son ascendant, Paris sans travail et sans industrie, bloqué et désavoué par le pays, voilà ce qu’on a fait, et même après la paix, car enfin il faut bien que la paix revienne, qui peut dire combien il faudra de temps pour que la grande et malheureuse ville puisse réparer ses désastres, reprendre son rôle, retrouver la confiance des provinces ? Si les chefs de la commune n’ont pas eu le temps d’y songer encore, c’est pour eux le moment de réfléchir sur la responsabilité qu’ils assument vis-à-vis de Paris, vis-à-vis de la France, nous ajouterions même vis-à-vis de la république. Ce qui est certain, c’est que tout ce qu’ils imaginent servir, ils le mettent singulièrement en péril de toute façon. Ils se disent les libérateurs, les émancipateurs de Paris, et ils commencent par le ruiner ; ils assurent qu’avec leur fédération ils ne veulent porter aucune atteinte à l’unité nationale, et ils livrent la France épuisée de dissensions à tous les caprices d’une invasion étrangère prolongée ; ils prétendent surtout servir la république, et ils commencent par l’atteindre dans son principe, la souveraineté nationale, et ils ne voient pas qu’au même instant, à la faveur de la lutte désastreuse qu’ils poursuivent, des réactions qu’ils provoquent, le bonapartisme cherche l’issue par où il pourra pénétrer pour balayer d’un seul coup la commune, la république et la liberté sous toutes les formes. Le bonapartisme ne réussira pas, nous l’espérons bien, il ne trompera plus l’instinct public ; il n’est pas moins vrai qu’un des résultats les plus clairs des événemens de Paris a été de lui rendre l’espérance : il ne nous manquerait plus que cette dernière humiliation pour couronner toutes les autres.

Ce qui arrive aujourd’hui à la France dépasse assurément toutes les limites. Notre malheureux pays est assailli de tous les côtés à la fois. Il ne faut point désespérer cependant, et même à la rigueur, avec un dernier reste de notre vieil orgueil, nous pourrions nous dire que tous les peuples ne sont pas faits pour supporter de telles infortunes, que dans cette épreuve du feu où nous nous débattons la France est encore le soldat de la société européenne, de la civilisation tout entière, que cette terrible crise peut n’être pas sans compensation, si on sait en profiter pour raffermir la sécurité universelle. C’est à l’assemblée, personnifica-