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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/164

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vent à portée de multiplier les exemples, notamment dans le département des Vosges où les troupes allemandes ont été forcées d’user de représailles à cause des hostilités de populations non enrégimentées. En signalant en outre les actes de fanatisme trop fréquens, tels qu’assassinats commis ou tentés sur des officiers ou soldats isolés, nous demanderons : Est-on fondé à appeler paisibles des populations du milieu desquelles partent de semblables hostilités ? »

Les autorités allemandes ont toujours absolument refusé de comprendre qu’il était moralement et matériellement impossible aux populations de s’opposer aux opérations des francs-tireurs et autres éclaireurs français. L’autorité française n’eût pas toujours laissé impunie une trahison. C’était placer les habitans dans l’alternative d’être fusillés par les ennemis ou par les amis, innocens ou traîtres, toujours victimes. Voilà pourtant ce que décrétèrent froidement, en se fondant sur je ne sais quelles coutumes ou quels précédens, intraitables dans leur cruel pédantisme, les agens du roi Guillaume. De là toutes les horreurs de cette guerre.

La rapacité allemande inventait aussi des délits imaginaires, de prétendus attentats pour lesquels elle consentait à transiger enfin moyennant une indemnité pécuniaire. Un jour un soldat bavarois prétendit qu’un coup de fusil avait été tiré sur lui dans un faubourg de Nancy ; en effet, il avait une blessure au pied. Qui accuser ? La ville tout naturellement, qui fut condamnée à une amende de 100,000 francs. Un autre jour, c’était une balle qu’un soldat prétendait avoir entendue siffler. Nouvelle enquête, à la suite de laquelle il fut déclaré qu’à la vérité il était impossible de savoir d’où le coup était parti, mais qu’évidemment l’auteur de l’attentat ne pouvait être qu’un Français : nouvelle amende de 2,000 francs. Une fois même un coup de pistolet partit par maladresse au milieu d’une rue ; on eut beau montrer aux gendarmes un soldat allemand qui sournoisement gagnait le coin de la rue, au détour de laquelle il s’enfuit à toutes jambes, les gendarmes se bornèrent à émettre cet axiome : les militaires allemands ne portent pas de revolvers. En conséquence, une perquisition fut vigoureusement conduite dans les maisons voisines, perquisition qui n’amena la découverte d’aucune arme, mais à la suite de laquelle on eut à constater la disparition de quelques bijoux.

L’hostilité des populations pouvait se manifester aussi par des tentatives pour couper les lignes de télégraphe et pour faire dérailler les trains qui jetaient chaque jour sur le sol français des milliers d’envahisseurs. Le pauvre paysan essayait, au risque de la corde et de la fusillade, de réparer l’étrange incurie des généraux