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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/140

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la lettre les déclamations démocratiques ou impérialistes contre les hommes du passé ne se doutent pas que, s’il y a quelque part en France des hommes d’avenir, l’honneur et l’espoir du libéralisme bien entendu, c’est au sein des partis que l’on flétrit de ce nom. Ce sont ces esprits éclairés et sans étroitesse qui ont présidé, dans beaucoup de départemens, au mouvement électoral. Tandis qu’ils repoussaient, sans craindre de froisser des alliés utiles, toute candidature trop ouvertement bonapartiste, ils tendaient volontiers la main aux républicains modérés que rapprochaient d’eux l’esprit parlementaire et le respect de la liberté religieuse. Ils étaient ainsi préparés à cette union de tous les partis libéraux que la nouvelle assemblée a consacrée par ses deux premiers actes, en mettant à sa tête un républicain de vieille date, l’honorable M. Grévy, et en maintenant, au moins à titre d’épreuve, le gouvernement républicain, sous la présidence impartiale de M. Thiers. Si les votes qui ont suivi ne sont pas tous irréprochables, ils attestent du moins la persistance des dispositions conciliantes. Depuis l’insurrection parisienne, les seules concessions qui aient été faites viennent de cette assemblée « rurale, » qui pouvait d’autant mieux s’y refuser que le droit est tout entier de son côté, et qu’elle se donnait, en les faisant, l’apparence de pactiser avec l’émeute. Si les passions sont sans mesure chez quelques-uns de ses membres, et si la majorité elle-même a paru céder plus d’une fois à de regrettables entraînement, l’esprit général qui l’anime est manifestement plus porté à la modération qu’à la violence.

Rien n’autorise à supposer que la majorité de la nation soit animée d’un autre esprit : Paris seul fait-il exception ? Depuis le 4 septembre, les passions et les folies que résume le nom de spectre rouge ont eu libre carrière dans la population parisienne. La presse à bon marché et les réunions publiques leur étaient ouvertes. L’oisiveté de la vie militaire sans combats, et le plus souvent sans service utile, ne pouvait qu’en favoriser la propagation et le développement. L’organisation de la garde nationale, partagée en deux catégories de bataillons, les uns constitués sous l’empire et recrutés en majorité dans la bourgeoisie, les autres créés sous la république et composés presque exclusivement d’ouvriers, semblait être l’organisation même de la guerre sociale. Or, après deux mois de ce régime, un vota d’une signification incontestable montrait la démagogie réduite à une minorité de 53,000 voix sur près de 400,000 votans. Trois mois plus tard, le ressentiment d’un désastre que l’on n’avait jamais voulu prévoir, s’ajoutant à toutes les excitations révolutionnaires, avait sans doute accru cette minorité. Elle était loin cependant d’être devenue une majorité. Sur 43 élus, 5 seulement avaient obtenu plus de la moitié des suffrages exprimés. C’étaient trois écrivains acceptés