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Page:Revue des Deux Mondes - 1871 - tome 93.djvu/114

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turelle d’une administration municipale est la forme républicaine ; mais lorsqu’il s’agit d’un grand pays où des intérêts divers sont en lutte, et où les difficultés de la politique étrangère viennent compliquer celles de la politique intérieure, l’élection ne créera des pouvoirs à la hauteur de leur mission que si le peuple possède des lumières, du bon sens et une certaine sagesse instinctive. Cette sagesse instinctive, l’Italie la possède ; mais avec les états romains, les Calabres et la Sicile, où l’ignorance est encore si grande, est-elle mûre pour la république ? Plus on sera convaincu de la nécessité de l’instruction, plus on sera porté à en douter.

D’ailleurs la proclamation de la république ne contribuerait en rien à guérir le mal que nous nous sommes proposé d’étudier dans ce travail. On peut affirmer sans crainte d’être contredit que l’Italie se gouverne elle-même comme si elle était en république. Le roi, fidèle à son serment, remplit ses fonctions constitutionnelles avec la plus scrupuleuse réserve et un tact parfait. Il accepte les ministères qui se succèdent avec une égale bienveillance ; il n’est pour rien dans la chute des uns et dans l’avènement des autres. On ne lui reproche aucune ingérence inopportune. Il n’est donc point la cause de l’extrême instabilité du gouvernement ; au contraire, il y met plutôt des bornes en maintenant dans certaines régions quelque esprit de suite et quelques traditions. Supposez la royauté abolie : outre un changement de ministère tous les ans, vous aurez un changement de président tous les quatre ans. Aux intrigues parlementaires s’ajouteront les intrigues présidentielles ; les questions de personnes domineront plus que jamais, car une proie nouvelle et magnifique, le pouvoir exécutif, serait livrée à la lutte acharnée des ambitions. La guerre civile deviendrait presque inévitable, et vous auriez le Mexique ou le Pérou. Si l’élection, appliquée à la constitution du parlement, ne parvient pas à donner au gouvernement la force et la fermeté suffisantes, ce n’est certes pas en l’étendant à la désignation du chef de l’état qu’on lui en donnerait davantage.

Les partisans de pouvoir fort ont parfois parlé d’un coup d’état comme du seul remède qui puisse être efficace, et de temps à autre des rumeurs venues d’au-delà des Alpes l’annonçaient comme imminent ; mais ce sont là de ces aventures dans lesquelles ni un souverain ni un pays ne se jettent de gaîté de cœur. L’Italie n’était point dans une de ces situations qui provoquent de pareils attentats, lesquels ne réussissent que quand de grands bouleversemens les ont préparés. Jamais le roi Victor-Emmanuel n’y aurait d’ailleurs consenti. Maintenant que l’on a vu pour la seconde fois où aboutissent les coups d’état, même les mieux réussis au début, on peut supposer que les peuples en seront préservés au moins pour quelque temps.