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s’expose à ouvrir au cœur de l’Europe un de ces vastes foyers d’incendie comme celui que Napoléon alluma en Espagne en 1808.

La question est de savoir qui l’emportera dans cette lutte, de l’ambition de la Prusse ou de la civilisation, et si l’Europe restera indéfiniment tranquille devant ce spectacle. Ce n’est pas que nous nous fassions de grandes illusions ; l’Europe n’a rien fait pour empêcher la guerre, elle ne fait rien de bien sérieux pour l’arrêter. Elle est passée de la sévérité pour la France à une neutralité indifférente, de la neutralité à l’inquiétude, puis à une certaine sympathie pour nous qui s’est traduite dans une proposition d’armistice ; c’est tout jusqu’ici. Il faut remarquer toutefois qu’on commence visiblement à s’apercevoir en Angleterre que la France de moins, c’est l’Europe livrée à toutes les fantaisies violentes, à la Prusse, qui bouleverse tout, comme à la Russie, qui propose maintenant la révision du traité de 1856 relatif à l’Orient, et le langage que M. Gladstone tenait au récent banquet du lord-maire, ce langage accentue les sympathies anglaises pour la France ; mais ce n’est pas le moment de la diplomatie, son jour est passé, tout est maintenant à l’action. Le gouvernement lui-même vient d’en donner le signal dans trois proclamations, l’une où le général Trochu résume encore une fois avec une énergique précision le caractère politique de notre défense, l’autre où le gouvernement fait appel à l’union et au calme viril de la population, la troisième où le général Ducrot, qui est chargé des principales opérations, marque en quelque sorte le pas de son armée dans un langage plein de patriotisme et d’élan, fait pour enflammer les cœurs. La lutte à fond est engagée autour de Paris, et puisque dans cette crise suprême il s’est trouvé des hommes honnêtes et courageux qui ont fait depuis trois mois plus qu’on ne pouvait attendre, qu’on ne trouble pas leur action, qu’on les laisse à l’œuvre. Trêve à toutes les dissensions ! que chefs et soldats qui combattent en ce moment puissent marcher sans regarder derrière eux, le cœur rempli uniquement de la patrie, assurés de ne pas se dévouer en vain et de préparer par leur héroïsme la délivrance !

CH. DE MAZADE.



CORRESPONDANCE

À M. LE DIRECTEUR DE LA REVUE DES DEUX MONDES.

 Mon cher monsieur,

Sans m’écarter de notre pensée constante, sans sortir de Paris et des devoirs du siège ; je dis mieux, comme un moyen de plus de vous parler courage, énergie, résistance, je voudrais aujourd’hui dire d’abord quelques mots d’un homme dont la perte subite me remplit de tris-