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domiciliés. Des proscriptions nouvelles achevèrent de dépeupler Athènes, et les bannis allèrent loin de la république répandre l’aversion du gouvernement, à la tête duquel s’était placé Critias. Les excès de l’intérieur font qu’on attend du dehors la délivrance. Thrasybule, réfugié à Thèbes, y prépara l’expédition hardie destinée à mettre fin au régime sanguinaire qui, au dire de Xénophon, avait en huit mois enlevé à la république plus de citoyens que tous les combats de la guerre du Péloponèse.

Ces terribles événemens furent le prélude du déclin définitif de la puissance athénienne. Le rétablissement du gouvernement démocratique, l’amnistie promulguée par Thrasybule (402), ne rendirent que pour un temps assez court la prospérité à la ville de Minerve. Se faisant illusion sur ses forces, se croyant toujours la ville de Miltiade et de Périclès, elle aspirait pourtant à reconquérir un empire à jamais perdu. Elle entra dans la ligue que Thèbes et plusieurs autres cités helléniques formaient contre Sparte. Quelques succès lui firent croire qu’elle n’avait pas cessé d’être en Grèce la première puissance militaire. Elle ne fit que les affaires de la Perse, et par le traité d’Antalcidas elle vit tomber la barrière qui défendait contre le grand roi l’indépendance hellénique. Sparte, dont un citoyen avait préparé ce honteux traité, ne recueillit pas les fruits qu’elle attendait de sa connivence avec l’ennemi héréditaire de la Hellade ; mais pour cela l’hégémonie ne revint pas à Athènes. Thèbes un instant parut l’avoir saisie ; son règne fut plus éphémère que celui de sa rivale, et c’est dans ses murs, à l’école de son grand capitaine Épaminondas, que s’était formé Philippe quand il préparait les moyens d’asservir la Grèce.

Le roi de Macédoine avait compris par les succès des Thébains la supériorité qu’une tactique nouvelle et mieux combinée assure aux troupes qui ont su les premières en faire usage. L’armée d’Épaminondas lui suggéra l’idée de cette unité de forces puissante et auparavant inconnue qu’on appela la phalange, et qui fut le fondement de sa nouvelle organisation militaire. La phalange substituait des masses profondes aux corps éparpillés et faciles à envelopper dont se composaient auparavant les armées. Elle offrait seize files de profondeur, et opposait dès lors aux attaques même les plus impétueuses une résistance invincible. Les hommes y étaient couverts d’une forte armure défensive ; ils portaient une épée courte, un petit bouclier rond et la sarisse, longue pique de 7 mètres, tenue à deux mains, et dont la pointe acérée protégeait le soldat du premier rang à 5 mètres en avant de sa poitrine, de sorte que le soldat du second rang portait encore sa pique à k mètres en avant du premier phalangiste, celui du troisième à 3 mètres, et ainsi de suite jusqu’à l’homme de la cinquième file, dont la sarisse dépassait encore d’un