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UNE PRUSSE
DANS L'ANTIQUITE

Le monde moral a ses lois comme le monde physique ; c’est ce. que démontrent la constitution et le développement des sociétés. Les événemens historiques, n’étant que le résultat de l’action combinée des unes et des autres, doivent donc être également soumis à des lois dont la connaissance exacte permettrait de les prédire, et fournirait les moyens d’en détourner les effets. Par malheur, les élémens qui entrent dans la production de ces événemens sont si nombreux et si complexes, l’observation en est si incertaine et si difficile, que l’on ne réussira jamais à calculer à l’avance les révolutions politiques comme on calcule les mouvemens célestes. . Sans doute, s’il s’agit d’un événement simple sur lequel on obtient des données positives et susceptibles d’être rigoureusement appréciées, on peut avec une assez grande approximation en indiquer la marche et en prévoir l’issue ; mais quand le problème historique s’étend et se complique, notre jugement s’embarrasse, notre vue se trouble, nous ne savons comment comparer et mesurer des forces contraires et d’ordres différens. On est alors, pour ainsi dire, en face d’une équation transcendante pour la résolution de laquelle il n’y a ni une méthode régulière, ni un nombre suffisant de quantités connues. Faute de mieux, il faut recourir dans ce cas à un procédé purement empirique, chercher dans le passé si des conditions analogues à celles qu’offre le présent ne se sont pas déjà réunies, et, quand on est parvenu à les découvrir, en étudier les conséquences, induisant de la révolution jadis accomplie la nature de celle qui se prépare ou qui est déjà commencée. Cette méthode est sans contredit fort imparfaite, parce qu’il est rare que les nations, que les sociétés, ainsi comparées à plusieurs siècles d’intervalle, se trouvent placées