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lui-même, à ce qu’il paraît ; dans tous les cas, il faut l’attendre sans défaillance, et le meilleur moyen de le rendre possible, c’est de rester à la hauteur des luttes qu’on peut avoir encore à soutenir.

Au milieu de toutes les tristesses du temps, en voici une toute littéraire qui nous arrive du fond de la France. Un des plus illustres de nos collaborateurs, M. Prosper Mérimée, s’est éteint récemment à Cannes. Le moment viendra où il sera juste de lui faire une digne épitaphe. Aujourd’hui c’est un laconique adieu que nous lui disons en constatant sa mort.

CH. DE MAZADE.


CORRESPONDANCE.
AU DIRECTEUR DE LA REVUE DES DEUX MONDES.

 Mon cher Monsieur,

Nous en sommes donc bientôt à nos deux mois de siège, et Paris, je l’espère, n’en est pas à crier merci. Est-ce à dire que cette confiance, ce ferme espoir qu’on se sentait naguère renaître au fond de l’âme, ne soient pas aujourd’hui ébranlés quelque peu ? Évidemment nous n’avions pas encore assez souffert : l’épreuve n’était pas complète. Metz est venu mettre le comble aux douleurs de Sedan : échec moins triste, mieux disputé, plus fatal à nos ennemis, mais pour nous plus navrant peut-être, parce qu’il détruit un rêve consolant, cette perspective d’une puissante armée que nous pensions voir à toute heure s’élancer hors de sa prison pour nous aider à secouer la nôtre. De ce côté désormais rien à attendre, rien que des agresseurs de plus, marchant déjà sur nous pour renforcer et mieux serrer les mailles de la chaîne qui nous étreint.

Si du moins par compensation nous avions obtenu quelque fidèle avis du concours efficace et prompt que nous attendions des provinces ! mais non, le voile qui nous cachait la France ne s’est un instant soulevé que pour nous laisser voir, en même temps que la reddition de Metz, et, je me hâte de le dire, en même temps aussi que de nombreux exemples d’élan patriotique et de mâle héroïsme, certains signes d’indifférence trop souvent provoqués par les emportemens d’une démagogie tapageuse qui crie beaucoup et ne fait rien ; puis çà et là quelques vieux restes de ces mesquines jalousies dont Paris fut de tout temps l’objet ou le prétexte ; certains vestiges mal déguisés de routines bonapartistes, et avant tout, ce qui n’est que légitime, une invincible antipathie de ces façons proconsulaires, de ces parodies jacobines, que le gouvernement de Tours a partout tolérées, parfois même encouragées, comme s’il n’avait pas su que cet absurde anachronisme dégoûterait, révolterait et par là même engourdirait nos campagnes et même aussi nos villes !