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LA REPUBLIQUE

Voici la troisième fois que la république est proclamée en France ; jusqu’ici elle n’avait pu s’établir d’une façon durable. La première fois elle apparut comme une arme de combat, comme l’instrument destiné à exécuter l’ancien régime, auquel la monarchie, pour son malheur, s’était intimement identifiée. Elle lutta, vainquit ; mais, épuisée par sa victoire même, discréditée par les excès de la lutte, elle abdiqua au bout de quelques années entre les mains d’un général victorieux.

En 1848, la république, symbole d’un parti ardent et encore peu nombreux, surgit des défaillances d’un gouvernement honnête et modéré, mais qui avait trop réduit la politique à l’art d’éluder les difficultés, sans s’apercevoir qu’en les ajournant il les accumulait, et les rendait plus redoutables.

La république de 1848, à peine proclamée, trompait à peu près également les craintes de ses adversaires et les espérances de ses partisans. Les premiers craignaient un régime violent et persécuteur ; elle fut douce et pleine de mansuétude, elle fit beaucoup de peur, mais ne fit de mal à personne. Quant à ses partisans et à ses chefs, ils ne montrèrent ni grande nouveauté dans leurs vues ni grande initiative dans leurs actes. A l’extérieur, ils s’empressèrent de rassurer l’Europe, et vécurent en bons termes avec elle. Surpris à l’intérieur par l’explosion des aspirations socialistes, ils ne surent ni les dominer ni leur ouvrir une issue ; ils s’honorèrent néanmoins en maintenant la paix publique pendant trois mois au milieu d’innombrables élémens de désordre et sans autre arme que leur parole et leur honnêteté.