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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/911

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III

Les derniers avis reçus d’Amérique confirment le résultat que l’on attendait du remaniement des tarifs. La chambre des représentans n’a pas toujours donné raison à son comité des voies et moyens : dans la loterie des scrutins, quelques industries ont été maltraitées, d’autres servies outre mesure ; il y a eu à la fois des mécomptes et des surprises. Pour le parti républicain, ces accidens sont un fait nouveau : voilà dix ans qu’il vivait et commandait par l’esprit de discipline ; s’il y déroge, c’est qu’il doute de son œuvre et que sa foi est atteinte. Le germe de dissolution est venu de l’excès de prétention des intérêts privés ; ceux d’entre les représentans qui n’ont en vue que le bien commun se lassent, à ce qu’il semble, de servir de partenaires à ceux qui ne songent qu’à leur propre bien. Peu à peu les masques tombent et les argumens de convention perdent de leur crédit. En même temps, l’opinion extérieure se prononce chaque jour d’une manière plus marquée. Du congrès tel qu’il est composé, il n’y a plus à espérer de concessions ; mais pour l’automne prochain on a en perspective une grande lutte électorale, où les partis essaieront de nouveau leurs forces. Les partisans des franchises commerciales y trouveront comme auxiliaires les états du sud, dernièrement reconstitués, et où il sera curieux de voir à l’œuvre les hommes de couleur. S’il faut croire les récits qui nous arrivent, l’engagement sera sérieux. Toutes les associations du libre échange que nous signalions au début de ce travail sont sur la brèche depuis trois mois, et en tête celle de New-York. Quelques détails sur les origines et la marche, de cette association donneront une idée précise du mouvement qui se prépare.

Formée il y a quatre ans, l’association de New-York ne se composait que d’un noyau d’hommes dévoués disposant d’un fonds insignifiant, 6,000 francs. La réforme n’était pas mûre, ce chiffre le prouvait bien. L’année suivante, même indifférence ; la recette n’est plus que de 4,600 francs. A la troisième année seulement, l’opinion se prononce, c’est à 35,000 francs que les versemens s’élèvent ; les adhérens arrivent en proportion. Enfin dans le cours de la quatrième année l’élan est décisif ; on atteint 150,000 francs de recettes, sans compter les supplémens. Dans sa dernière séance, tenue le 24 février, l’association a recueilli 112,000 francs de souscriptions, celle entre autres de trois maisons de New-York à raison de 25,000 francs chacune. C’est l’œuvre de Cobden qui recommence et semble destinée à parcourir les mêmes phases : succès d’argent, succès de traités populaires distribués par millions, succès de