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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/909

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comptabilité en apparence stationnaire a pu se concilier avec les dégrèvemens les plus larges et les faits économiques les plus révolutionnaires qu’aucun budget ait jamais eu à subir, c’est-à-dire un tarif de douane réduit à une quarantaine d’articles, des échanges libres, des ports ouverts, des colonies où tous les pavillons sont désormais admis avec le même traitement.

Comment se fait-il que les États-Unis n’aient pas vu là, dans des nécessités analogues, une voie à suivre, et dont les étapes étaient marquées avec une précision rassurante ? Est-ce parce que l’imitation leur a répugné, moins en elle-même qu’à cause du modèle ? Ce serait pousser loin l’incompatibilité d’humeur ; du reste, en se gouvernant ainsi, on eût moins copié les Anglais que les fondateurs de la république américaine ; vis-à-vis de la tradition, il y aurait eu un retour plutôt qu’un écart. Est-ce parce que les États-Unis ont manqué de confiance dans leurs ressources et craint de fléchir sous une tâche dont les Anglais ont supporté si aisément et si résolument le fardeau ? Ce serait beaucoup d’humilité et de modestie de la part de populations qui donnent rarement dans cet excès. Si considérable qu’elle fût, la dette des États-Unis n’eût semblé nulle part plus légère que dans le milieu où elle est née, et cela sans efforts, sans impôts nouveaux et par la seule puissance des choses. Elle frappe un peuple laborieux, en pleine voie d’accroissement, exempt du plus grand fléau des sociétés modernes, les existences parasites. Elle est à peu près la seule grande charge publique pour des contribuables qui n’ont à solder qu’une marine et une armée insignifiantes et un petit nombre de fonctionnaires attachés presque tous à des services productifs. En la consolidant dans une certaine mesure, on trouvait d’ailleurs l’avantage d’en faire retomber une portion sur ce flot d’immigrans qui, depuis un demi-siècle, ont ajouté au drapeau de l’Union tant d’étoiles nouvelles. Pourquoi dès lors tenter avant l’heure, empiriquement et péniblement, une libération qui, les années aidant, se serait accomplie d’une manière facile et naturelle ? Pourquoi, et c’est le grief principal, y procéder par des taxes dont l’origine et l’effet sont au moins équivoques, qui portent d’ailleurs une sensible atteinte à l’activité des populations, à leur degré d’aisance, au prix de leurs consommations les plus usuelles, tout cela pour ménager dans le jeu de ces taxes une haute paie à quelques industries ? En vérité, c’est un bien petit profit contre de grandes ruines, et les faits ne le prouvent que trop.

Le premier service qui en souffre est celui en vue duquel l’instrument fiscal a été porté à un si haut degré de puissance, la dette. Au début, quand le montant entier des taxes aboutissait à cette destination, l’amortissement avait des proportions vraiment sérieuses,