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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/906

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détail. En 1788, la douane de Liverpool saisissait au débarquement sept ballots ou ballotins de coton déclarés provenir des États-Unis, « déclaration mensongère, disait le procès-verbal de saisie, attendu que les États-Unis ne produisent pas de coton. » En 1859-1860, la récolte des cotons régulièrement constatée s’élevait à plus de 4 millions et demi de balles valant 1 milliard de francs. Sur cet article, on peut mesurer les autres, céréales, huile de pétrole, qui le suivent de près ; c’est le même développement, obtenu par un procédé économique bien simple : vendre à autrui ce que soi-même on réussit le mieux à produire, acheter d’autrui ce qu’il produit à meilleur compte et en meilleure qualité : d’où deux bienfaits qui renferment tous les autres et ont conduit dans ces vallées des millions d’émigrans, la terre à bas prix, la vie à bon marché. Enfin l’industrie, livrée à elle-même et sans sortir du droit commun, s’était déjà hardiment et largement frayé sa voie ; des groupes d’exploitation existaient sur beaucoup de points pour le charbon, le fer et le cuivre. Vers les côtes du Pacifique, la fièvre de l’or faisait sortir de terre un peuple d’enrichis, tandis que 7 millions de broches animées par la vapeur filaient automatiquement la laine et le coton.

L’Union américaine en est là, quand le canon de Charleston donne le signal de la guerre civile. Quel changement d’aspect ! Un deuil sombre enveloppe alors ces contrées hier radieuses, les partis en sont aux mains, marquant leur passage par de longs sillons de feu et jonchant le sol de ruines ; point d’activité qui ne désarme devant cette rude besogne de la guerre, et ce n’est pas pour un seul jour, c’est un duel à mort qui durera jusqu’à épuisement. Peu à peu disparaît la richesse dont cette nation était si justement fière : on donnera le dernier écu comme on a donné le dernier homme. Dans le sud, la sortie des cotons s’arrête devant un blocus rigoureux, les réserves s’accumulent, les champs restent pour la plupart en friche. Sur la mer, les corsaires guettent au passage les flottes marchandes, dispersent, pillent, brûlent, coulent les navires isolés. Le mouvement de l’immigration s’arrête, les cultures de l’intérieur restent en suspens, les cessions de terre discontinuent. C’est le spectacle d’un empire aux abois et réduit à des moyens désespérés. Avec les besoins de la guerre a paru le fléau que les fondateurs de la république avaient tant redouté, la dette, et sous la forme la plus écrasante le papier-monnaie. Dans sa détresse, le trésor émet coup sur coup des titres de plus en plus dépréciés. Pour sauver ce peuple qui en est à son dernier enjeu, il faut un miracle d’héroïsme, de constance et de dévoûment : ce miracle se fait, mais à quel prix ? Comptons. Ce sont d’abord de lamentables hécatombes d’hommes, puis deux dettes parallèles de 3 milliards de dollars chacune, dont