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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/897

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déviation préparée de longue main et habilement conduite. Pour que la hausse des tarifs gardât sa vertu d’origine, l’amortissement de la dette, une précaution était à prendre et une limite à observer : précaution de ne rien outrer, limite où l’excès de la taxe ne fermerait pas la porte au produit. Ainsi il eût fallu, pour n’importe quel article, qu’une augmentation de 5 pour 100 dans la taxe donnât, par exemple, en recette 5 millions de plus sur chaque 100 millions, sans que la moindre parcelle en fût perdue pour le trésor, ou du moins sans perte trop sensible. Qu’on est loin de là ! ajoutaient les partisans d’une réforme, et combien les effets des tarifs ont changé à mesure qu’ils ont été pris à plus haute dose ! Les habiles ne l’ignoraient pas ; soit qu’ils fissent valoir la chimère d’une libération prochaine, soit qu’ils donnassent le conseil d’une revanche contre les perfidies européennes, ils savaient en définitive où tendaient ces diverses formes d’exploitation de la crédulité nationale. Peu importait le moyen, pourvu que l’opinion et le congrès continuassent à pencher dans le sens de la hausse : 10 pour 100 aujourd’hui, 20 pour 100 demain, et dans des cas d’exception 30, 40 et jusqu’à 80 pour 100 ! Le public pourtant, trompé par les apparences, battait des mains, et croyait que les rentrées du trésor s’élevaient en même temps que les taxes : il n’avait pas la conscience du phénomène qui se passait, et qui ne laissait au trésor que l’ombre, tandis que d’autres couraient la proie.

L’effet réel était en deux mots ceci : à un certain degré de hausse, les taxes, comme par un coup de bascule, changeaient de bénéficiaires ; de positives, elles devenaient négatives pour les caisses publiques ; en d’autres termes, la perception cessait faute de matière pour s’exercer et faute de convenance à introduire ces matières. A qui profitait alors le vide opéré dans les caisses de l’état ? Évidemment aux industries régnicoles qui s’étaient substituées en tout ou en partie aux industries étrangères pour l’approvisionnement du marché local. A quel moment et dans quelle mesure ? C’était l’inconnue du problème, inconnue qui variait suivant la branche d’industrie, le mode d’exploitation, la marge laissée entre les prix de revient et les prix de vente, tous détails au sujet desquels on ne pouvait attendre rien de précis des intéressés, car l’une de leurs forces était précisément dans le mystère dont ils s’enveloppaient et dans les arrangemens de chiffres à l’usage des manufacturiers de tous les temps et de tous les lieux. Deux faits n’en restaient pas moins démontrés et suffisaient amplement pour la condamnation des tarifs empiriques : l’un consistait dans les brèches faites aux ressources de la confédération, quand, de fiscales, les taxes devenaient prohibitives, et c’est là-dessus qu’insistait le plus vivement le