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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/896

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coup sur coup. Or, entre les deux moyens, le choix ne pouvait être douteux. Le premier avait suffi pour donner à la fortune minérale de l’Union un essor et une place qui n’étaient point à dédaigner, même en regard des plus vieux empires, et qu’attestaient deux témoignages significatifs, un vaste réseau de chemins de fer et un beau matériel de guerre, — le tout en laissant aux taxes d’entrée leur jeu régulier, qui est, ou du moins qui doit être, d’alimenter le revenu public. En tout ceci, l’expérience avait donc été des plus concluantes, ce qui n’était démontré, pour le second cas, ni avec la même évidence ni au même degré. Rien de moins prouvé en effet, depuis l’établissement des hauts tarifs, que l’action et ce que l’on nomme l’incidence des taxes non-seulement sur l’équité de la répartition, mais encore sur le ménagement judicieux de l’activité et de la fortune privées. En vain essayait-on de s’en rendre un compte exact ; on s’y heurtait à des embûches et à des équivoques, on n’y reconnaissait pas de prime abord ces procédés ouverts, ce franc jeu, qui sont de règle chez un peuple où tous les citoyens veulent être traités sur le même pied, sans que jamais la loi, par ses subtilités, puisse en faire des dupes les uns des autres. Or des dupes, il y en avait ici par millions, et il suffisait, pour s’en convaincre, de rappeler ce que les hauts tarifs avaient été en intention et ce qu’ils étaient devenus en fait, leur destination présumée et leur destination réelle.

La destination présumée, comment s’y méprendre ? A peine après quatre ans de lutte l’Union respirait enfin qu’elle songeait à ses finances épuisées dans la poursuite de son triomphe. Il ne s’agissait guère alors de tirer parti des richesses enfouies, ni de spéculations à long terme, ni d’impôts en prévision de l’avenir, d’aucune de ces données de convention que l’intérêt privé, dès qu’on lui rend la bride, imagine pour déguiser ses convoitises ; il s’agissait de ressources à bref délai, de recouvremens immédiats pour parer aux services en souffrance, porter loyalement le poids de la dette et pousser la rançon du pays si loin qu’on entrevît en perspective la disparition du papier-monnaie, cette plaie et ce signe de déchéance de tant d’états. Tel était le sens des hauts tarifs, sacrés dans leur exagération même. Ils voulaient dire que ce fier et vaillant peuple, après avoir racheté largement de son sang la faute de ses pères, entendait achever ce rachat l’or en main le plus tôt possible, sans demander grâce sur les conditions. Jamais intention plus formelle n’avait été accueillie avec plus d’applaudissemens par une nation prête à plus de sacrifices. Pouvait-on dire que les faits y eussent répondu ? Non, le calcul s’était glissé dans l’acte pour le corrompre, et cela, presque à l’insu de ceux qui n’en avaient d’abord compris que la grandeur. Rien de plus intelligible que cette