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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/895

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effet d’élever d’autant le prix des articles frappés, et par suite d’augmenter les charges du consommateur. Croit-on que M. Kelley ait adressé à ce lieu-commun le seul reproche qu’il pût encourir, d’être trop usé ? Pas le moins du monde : M. Kelley voit au contraire là dedans un paradoxe, une erreur énorme bien digne des cerveaux détraqués de l’Europe, et il en prend occasion pour débiter un petit traité d’économie politique américaine mise à notre portée. Les taxes qui pèsent à l’entrée sur les produits, personne aux États-Unis n’en souffre, selon lui ; personne non plus n’en profite : c’est une trop noble terre pour cela ; on n’y appauvrit, on n’y enrichit légalement personne. Le seul tributaire en réalité, et rien à son gré de plus juste, c’est le producteur, l’armateur, le commissionnaire, le courtier européen, qui pour la première fois sont forcés de rendre gorge et d’abandonner à des cliens longtemps spoliés une large part de leurs profits : restitution d’ailleurs bien petite après tant de marchés usuraires pendant la paix et tant d’actes de piraterie pendant la guerre ! Quant au manufacturier américain, M. Kelley s’indigne des accusations dont il a été l’objet : lui spéculer sur les besoins du peuple ! pousser au renchérissement des produits en faisant systématiquement la disette sur le marché ! il n’y a qu’un M. Wells qui puisse le penser et le dire ; mais M. Kelley ne le souffrira pas, il vengera le manufacturier américain, le maître de forges surtout, qu’il connaît bien, dont il tient mandat et à qui il veut restituer sa véritable figure. Suit un portrait en pied avec tous les détails propres à flatter le modèle. Le maître de forges, d’après M. Kelley, a non-seulement enrichi, mais armé le pays. A la vue des vastes gisemens de minerai et de charbon qui couvrent le territoire, le maître de forges s’est demandé si de telles richesses, de telles ressources resteraient sans emploi, s’il n’était pas insensé d’aller chercher au dehors ce qu’on avait abondamment chez soi, et de s’approvisionner d’instrumens de guerre chez des peuples qu’un jour ou l’autre on serait appelé à combattre. On devine ce qu’un thème pareil comporte de développemens oratoires, et M. Kelley n’en a épargné aucun, ni au comité qui l’écoutait, ni au rapporteur en butte à ses attaques.

Les répliques, cela va de soi, n’ont pas manqué, tant de la part du commissaire spécial que de la part des membres du comité dont l’esprit n’était pas prévenu. Sur la mise en rapport des richesses minérales du pays, point d’hésitation chez aucun d’eux ; tous la désiraient, comme le représentant de la Pensylvanie, aussi ample, aussi prompte que possible. Le seul point en question était de savoir s’il fallait y procéder naturellement, au moyen de tarifs modérés, ou artificiellement, avec des tarifs enflés outre mesure et