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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/881

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qu’inspirait l’empereur. Le nouveau code civil, calqué aussi pour la plus grande partie sur le code Napoléon, fut présenté au corps législatif dans les derniers jours de 1808. L’empereur avait insisté pour que les deux législations de France et de Hollande fussent unifiées dans le plus bref délai ; mais son déplaisir fut grand lorsqu’il apprit que Louis, d’accord avec ses conseillers, avait introduit dans son code plusieurs modifications nécessitées par la différence des coutumes et des mœurs. Rien pourtant n’était plus simple, si l’on eût voulu ; maintenir l’indépendance de la Hollande, d’autant plus que ces modifications respectaient tous les grands principes consacrés par le code français. Le système métrique fut aussi introduit par le gouvernement royal ; seulement, pour en faciliter l’usage, on donna des noms hollandais aux nouvelles mesures, ce qui fit une nomenclature assez étrange, modifiée encore une fois à la restauration, mais qui a duré malgré ses anomalies jusqu’à une loi récente par laquelle l’usage de noms plus européens que français a été enfin sanctionné par les chambres néerlandaises.

L’année 1809 commençait assez bien, si l’on consent à prendre cette expression dans un sens très relatif. Les mesures rigoureuses dont le commerce maritime plus ou moins interlope était frappé n’étaient appliquées qu’avec de certains ménagemens. La contrebande florissait. L’empereur le savait et s’en plaignait avec la dernière rudesse. C’est son système qui la développait par l’appât des énormes bénéfices qu’elle rapportait. On sait combien elle était grande en France malgré les légions de douaniers qui en surveillaient les côtes. En Hollande, dans ce pays d’îlots, de criques sans nombre, de côtes plates, de brumes intenses, elle était plus facile que partout ailleurs. De plus elle était favorisée par la connivence directe ou indirecte de la population tout entière. Il ne s’agissait pas de se soustraire au paiement de droits plus ou moins élevés : c’est contre la prohibition absolue qu’on s’insurgeait. Outre qu’un peuple marchand ne peut jamais prendre tout à fait au sérieux la criminalité d’actes dont le caractère délictueux est artificiel, il n’y avait pas moyen de faire comprendre au peuple hollandais qu’il était tenu de mourir de faim pour seconder la politique absurde d’un souverain étranger qu’il ne connaissait plus que par l’extravagance de ses ambitions. A côté de la contrebande, il y avait encore un certain commerce, à moitié loyal, cherchant à se mettre en règle au moyen de petits subterfuges dont personne n’était la dupe. Le roi eût voulu y mettre un terme qu’il n’eût pu le faire : on ne lui eût pas obéi. Les admirateurs quand même du premier Napoléon se sont appuyés sur cet ensemble de faits pour justifier les mesures préparatoires à l’annexion et l’annexion elle-même. Il faut