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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/874

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immédiat de cette intimité avait été un redoublement de rigueur dans l’application des mesures destinées à renforcer le blocus continental, et la Hollande s’en était ressentie en premier lieu. Sur l’ordre de Napoléon, des gendarmes français déguisés passèrent la frontière hollandaise, et enlevèrent des Hollandais soupçonnés d’entretenir avec les Anglais un commerce de contrebande. A Paris, on affectait de s’adresser à la régence hollandaise, comme si le roi eût abdiqué ou fût mort. Le bruit de sa mort courut même dans le pays. On ne concevait pas qu’en de pareilles conjonctures le roi restât sans donner signe de vie à 300 lieues de son peuple. Les troupes hollandaises s’étaient distinguées à Friedland, les ordres du jour avaient rendu hommage à leur bravoure ; le roi de Hollande fut le dernier à le savoir. Enfin Louis apprit par les lettres respectueuses, mais fermes, de ses ministres le fâcheux effet de cette absence prolongée, et après un séjour de plus de trois mois hors de son royaume il s’empressa d’y retourner ; mais Hortense ne l’y suivit pas et resta en France. En passant par Paris, il eut une entrevue avec son frère, qui lui reprocha durement ce qu’il appelait sa connivence avec l’Angleterre, et lui raconta, comme une bagatelle sans importance, le joli tour qu’il avait joué à ses sujets contrebandiers avec ses gendarmes déguisés. En même temps l’empereur lui notifia qu’il avait absolument besoin de Flessingue pour commander la grande bouche de l’Escaut, et qu’il fallait la lui donner. Pour adoucir l’amertume du sacrifice, il allait arrondir la Hollande du côté du nord en lui adjoignant l’Ost-Frise et quelques petits territoires, et du côté du sud en lui remettant le district de Zevenaar. Les représentations d’ailleurs timides de Louis, qui n’était jamais très hardi en présence de son frère, n’eurent aucune influence sur ses décisions ; les ministres hollandais eux-mêmes furent d’avis qu’il fallait encore céder, et cet échange de territoires fut ratifié à Fontainebleau le 11 novembre 1807.

Il était très dur pour les Hollandais de se voir enlever par leur auguste allié une ville telle que Flessingue, appartenant au vieux sol de la patrie néerlandaise. Cependant les compensations du côté de la Frise n’étaient pas sans valeur, et surtout on croyait qu’à force de soumission et de sacrifices on désarmerait le lion dévorant. En cela, je pense qu’on eut tort. Cette apparente indifférence devait encourager un appétit qui n’allait pas tarder à se montrer insatiable. De son côté, Louis commit une faute nouvelle. Son esprit, mélancolique, assombri par les contrariétés politiques et les chagrins de famille, éprouvait un besoin de continuel changement. La Haye, où il était rentré le 23 septembre 1807, ne lui plaisait plus. Pendant son voyage aux Pyrénées, il avait fait acheter sous main à Utrecht