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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/868

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délabrement. C’est dans l’espoir de la fortifier que moins de six semaines après son arrivée en Hollande, il alla passer le mois d’août et presque tout le mois de septembre à Wiesbadan et à Aix-la-Chapelle. Cependant les relations de l’empire français et de la Prusse allaient en s’envenimant. Bientôt la guerre fut imminente. Depuis la campagne d’Austerlitz, une grande partie de l’armée française était restée en Allemagne. Napoléon était encore dans sa période de campagnes foudroyantes et décisives. Parti de Paris le 24 septembre 1806, il était le 28 à Mayence, le 3 octobre à son quartier-général de Würzbourg, le 14 octobre la bataille d’Iéna était gagnée, et la monarchie prussienne à deux doigts de sa perte.

Le roi de Hollande se vit contre son gré forcé de prendre part à une guerre pour laquelle Napoléon avait requis le concours des alliés de la France. Les sacrifices nouveaux d’hommes et d’argent qu’elle entraînait venaient cruellement déranger les plans d’économie dont il espérait le rétablissement de ses finances. Pourtant ce fut avec zèle qu’il s’acquitta du rôle qui lui était confié. Ses instructions lui prescrivaient de simuler une attaque sur la Westphalie en prenant Wesel, sur la rive droite du Rhin, comme base d’opération. Tandis que la Frise orientale était envahie par un corps hollandais sous les ordres du général Daendels, Louis réunit 15,000 hommes à Wesel, donnant la main au maréchal Mortier, qui devait se porter sur Cassel et en faire déguerpir l’électeur, allié de la Prusse, Le roi fit jeter un pont sur le Rhin devant Wesel, rassembla des vivres et des munitions, et le 15 octobre il se dirigeait avec toutes ses forces disponibles sur Munster. L’écrasante victoire d’Iéna fit qu’on ne s’occupa guère de cette diversion, pourtant habile et bien exécutée, qui eût été en cas de revers le salut de l’armée française ; mais Louis eut une autre mortification plus dure à digérer. Il espérait tirer parti du malheur de la situation en prenant part à la guerre comme roi allié de la France, marchant à la tête de son armée nationale et se créant ainsi, pour lui et son royaume, des titres à la considération, à la gratitude même de la nation française. Quelle ne fut pas sa déception d’apprendre que des ordres formels de l’empereur interdisaient toute constitution d’une armée hollandaise, et que les divisions en seraient réparties dans les corps d’armée français dont Mortier avait le commandement en chef ! Les réclamations, les plaintes de Louis n’eurent aucun effet. Froissé, il laissa ses troupes à Mortier, entré dans Cassel avec peu de monde, et revint à La Haye en se creusant la tête pour deviner quelles pouvaient être les intentions de l’empereur. Ce n’était pourtant pas difficile à deviner : l’empereur ne se souciait pas de voir se consolider la royauté de son frère.