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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/861

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600,000 florins de liste civile et d’une somme à peu près égale provenant des domaines, c’est-à-dire que, si nous tenons compte de la dépréciation de l’argent depuis le commencement du siècle, le roi Guillaume III ne reçoit pas même la moitié de ce qui fut assuré au roi Louis. Celui-ci ne se fit pas prier pour accepter cet article. Ce n’est pas du tout qu’il fût cupide, la suite l’a prouvé ; mais, tout en s’affirmant à lui-même qu’il avait des goûts très simples, il aimait à dépenser largement, il tenait à ce que sa cour fût brillante, et il voulait avoir les moyens de se faire des amis parmi ses sujets. Leurs hautes puissances durent s’incliner devant ce fait accompli comme devant tous les autres.

Cependant la nation hollandaise se fût résignée à cela comme à bien d’autres choses, si les espérances conçues à l’aurore du règne avaient pu se réaliser.


VII

La première chose à régler, c’étaient les finances. Schimmelpenninck, brusquement arrêté dans son travail de restauration matérielle, avait jeté d’excellentes bases ; mais la situation était encore des plus critiques. Il y avait 35 millions de florins d’arriéré et 9 millions de rentes échues à payer. Le budget des dépenses annuelles atteignait le chiffre de 78 millions de florins, y compris 35 millions 1/2 de rentes, et c’est tout au plus si l’on pouvait compter sur 55 millions de recettes. Le roi, bien conseillé par Gogel et plus ouvert que son frère Napoléon aux notions d’une saine économie politique, voulut d’abord qu’il fût bien entendu que les rentes seraient toujours intégralement payées ; puis, et jusqu’à ce que l’amortissement, qu’on allait organiser aussitôt que possible, eût fonctionné d’une manière sensible, il fut arrêté que le budget normal des dépenses ne dépasserait pas 20 millions de florins par an. Gogel se faisait fort d’obtenir encore 5 millions sur l’impôt ordinaire par des mesures fiscales ; le revenu de l’année suivante monterait donc à 60 millions. Resteraient 40 millions pour payer les rentes déjà constituées et celles de l’emprunt qu’on allait faire pour solder l’arriéré. Si la paix générale était conclue, le terrible cap était doublé, et le pays, rendu au commerce, ne tarderait pas à voir augmenter indéfiniment ses ressources disponibles. Le public hollandais, très expert en matière de finances, applaudit à cet arrangement et souscrivit l’emprunt proposé avec un empressement de bon augure. On vit monter la rente à la bourse d’Amsterdam, la seule peut-être en Europe où dans ce moment pareil phénomène fût possible. Le roi avait appris que la Hollande avait une créance déjà vieille à la