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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/858

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assez vrai, ou du moins les discours se ressentaient encore visiblement d’un certain froissement patriotique. Le roi le comprit fort bien lui-même, mais il eut le tact de ne pas paraître s’en apercevoir, et il répondit en réitérant ses déclarations d’attachement sans réserve à la Hollande et à ses intérêts.

Le discours qu’il prononça trois jours après devant le corps législatif fut inspiré par les mêmes sentimens ; toutefois, et probablement dans la secrète pensée de faire à son tour une leçon d’histoire à ces incorrigibles républicains, il lui échappa une véritable bévue. Il alla jusqu’à leur dire que « du jour de son couronnement commençait la véritable indépendance des Provinces-Unies, et qu’un seul regard sur les siècles passés suffisait pour les convaincre qu’elles n’eurent jamais de gouvernement stable, de sort assuré, de véritable indépendance. » Le respect empêcha l’ébahissement de se faire jour ; mais en rapprochant cette étourdissante assertion de celles que l’empereur avait lancées moins d’un mois auparavant sur la vieille république, les membres de la haute assemblée durent se demander quel était donc l’ignorant qui avait enseigné l’histoire moderne aux Bonapartes.

Ce ne furent pourtant que des nuages à peine remarqués sur un ciel qui tendait à se rasséréner. Le fait est que le roi réussissait. On avait eu peur d’avoir affaire à un soldat parvenu, et l’on se trouvait en face d’un gentilhomme très prévenant, très affectueux, presque câlin avec ceux qu’il voulait s’attacher. Hortense aussi plaisait beaucoup. Elle donnait beaucoup d’éclat et d’animation aux fêtes et réceptions de la cour. Sa conversation enjoués, ses manières vives et gracieuses enchantaient tous ceux qui se rappelaient les allures plus que hautaines de l’Anglaise et de la Prussienne qui avaient occupé la première place sous les deux derniers stathouders. Sa danse en particulier faisait tourner les têtes, car la danse à cette époque était un art. Le malheur est que si Hortense plaisait en Hollande, elle-même ne s’y plaisait pas du tout. L’entourage que son mari lui avait imposé n’était pas de son goût. Elle avait bien accepté d’être reine de Hollande, d’abord parce que cela entrait dans les vues de l’empereur, puis parce qu’un diadème royal ne peut qu’embellir encore une jolie femme ; mais elle ne partageait nullement l’engouement hollandais de son mari. Elle prenait systématiquement le parti des Français venus avec le couple royal et reprochait au roi de les traiter injustement. Elle le blâmait d’avoir si complètement abjuré le caractère français. Comme lui, elle comprenait fort bien qu’ils n’étaient sur le trône que par la grâce de l’empereur, mais elle ne voyait pas, comme le roi, la nécessité de s’appuyer sur autre chose, et elle tenait évidemment plus à rester