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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/857

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der Heim, conservateur du vieux système, la secrétairerie d’état à M. Röell, de l’ancienne oligarchie, d’une capacité politique reconnue, enfin la justice et police à M. van Hoof, homme nouveau, dont nul ne connaissait les titres à ce genre de fonctions, si ce n’est que le roi voulait absolument avoir au moins un catholique dans le cabinet, et qu’il était catholique. En somme, ce premier cabinet satisfît l’opinion, surtout parce qu’il témoignait d’une tendance louable à se mettre au-dessus des anciens partis et à rallier autour de la nouvelle royauté les hommes honorables et modérés qui les avaient jadis servis. C’était continuer habilement la ligne de conduite recommandée par van der Goes et adoptée par Schimmelpenninck. A celui-ci, le roi réservait la présidence perpétuelle du corps législatif, inscrite tout exprès pour lui dans la constitution : il eût vivement désiré le voir accepter ces fonctions, qui lui paraissaient une reconnaissance de la royauté par le dernier magistrat suprême de la république ; mais l’ex-conseiller-pensionnaire refusa net, et aucune instance ne put le faire changer de résolution. Il resta spectateur muet et chagrin d’événemens qu’il n’avait pu conjurer, mais qu’il ne voulait pas sanctionner. Toutefois on sut gré au roi de cette offre réitérée, et de ce qu’il respecta la retraite volontaire où se confinait celui qu’il avait en quelque sorte détrôné. Combien de nouveaux souverains eussent regardé comme leur premier devoir de rendre le royaume inhabitable à leur prédécesseur mécontent !

Le 25 juin 1806, le roi de Hollande fît donc son entrée solennelle dans sa capitale aux acclamations cette fois réelles de la population. Les ministres et les divers coups de l’état vinrent le complimenter, faire acte de soumission dans les limites des lois, et prêter le serment de fidélité. Dans les discours qui furent prononcés et que le roi a reproduits en grande partie dans ses mémoires, on peut constater que, malgré toutes les politesses et même les flatteries que l’on prodiguait au nouveau souverain, pas un seul de ces discours ne contenait l’assertion que Louis eût été appelé par la volonté nationale. « Nous espérons, nous nous flattons, nous nous attendons, » ces tournures prudentes reviennent à chaque pas. On rend hommage aux qualités, aux bonnes intentions du roi ; on lui dit que sa bonté s’attirera l’amour de son peuple, que « sa venue est une disposition de la Providence, dont les voies sont souvient mystérieuses ; » on observe avec joie que dans la nouvelle constitution « la séparation et l’indépendance des pouvoirs sont confirmées, » ce qui est excellent partout et toujours, mais enfin ce qui ne saurait être un compliment à l’adresse d’un nouveau prince, tout le reste est à l’avenant. Un officier français qui se trouvait près du roi ne put s’empêcher de lui dire : « Sire, on a l’air de vous faire la leçon ! » C’était