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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/856

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et directeur suprême, et Louis n’avait pas la moindre intention de se soustraire à l’alliance française. Dans ses convocations avec les Hollandais venus à Paris, comme avec les notables qui le saluèrent à son arrivée, il prit soin de leur déclarer sous toutes les formes que, depuis le moment où il avait accepté la couronne de Hollande, il ne se considérait plus que comme Hollandais. Ces déclarations réitérées furent même assez fortes pour étonner les Français dont il s’était fait suivre.

La Haye n’est pas une très grande ville. Habituée à servir de résidence aux stathouders et récemment encore aux autorités centrales de la république, elle vivait trop de la cour ou de ce qui y ressemblait pour ne pas avoir les mœurs et la curiosité un peu frivole des villes de ce genre. En très peu de jours, tout La Haye sut ce qui se passait à la Maison du Bois. Il ne fut question que de l’affabilité, des belles manières, des excellentes intentions, de la ferveur hollandaise du nouveau roi. On avait beaucoup craint qu’il ne confiât plusieurs charges importantes de l’état à ses anciens compatriotes. Il n’en fut rien. Tous les postes politiques furent adjugés à des nationaux, même dans l’organisation intérieure de sa maison le roi fit une large place à l’élément hollandais, et personne ne songea sérieusement à lui reprocher de garder un certain nombre de Français pour son service personnel. Le contentement fut plus grand encore quand on apprit qu’un corps de troupes françaises, parti d’Utrecht pour escorter le roi lors de son entrée solennelle, avait été contremandé, et que Louis voulait se confier exclusivement aux troupes nationales. Quand l’empereur le sut, il fronça son auguste sourcil ; mais il était trop tard, la chose était faite, et habilement faite, car pour ces diverses raisons l’entrée solennelle fut très acclamée. Sur un point pourtant, Louis eut peut-être le tort de trop abonder dans son propre sens. Il voulut que toutes les dames d’honneur de la reine fussent hollandaises. Hortense se vit donc entourée de personnes fort bien nées, très estimables, mais pour la plupart peu faites à la vie des cours, très sérieuses, un peu raides, au milieu desquelles la pauvre reine se sentit bientôt mourir d’ennui ; toutefois cela passa inaperçu dans les préoccupations de la première heure. Le roi avait nommé, avant même d’être en Hollande, l’amiral Ver Huell ministre de la marine, et M. Gogel, du parti patriote, chef habile et probe d’une grande maison de commerce, ministre des finances. Il confirma M. van der Goes aux affaires étrangères, ce qui fut encore un excellent choix, unanimement approuvé ; il confia l’intérieur à M. Mollerus, ancien membre du gouvernement républicain, les travaux publics et les digues à M. Twent, spécialité honorable, la guerre au général Bonhomme, les colonies à M. van