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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/854

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Cependant, tout bien examiné, la situation n’avait rien de désespéré pour un prince désireux de régner et décidé à faire tout ce qu’il fallait pour y réussir. Il n’était pas sans offrir des dédommagemens aux divers partis que son arrivée au trône pouvait avoir offusqués. Les patriotes regrettaient la république, mais en définitive la nouvelle royauté allait consolider les réformes les plus importantes qu’ils avaient introduites, telles que la concentration du pouvoir, l’égalité civile et religieuse, l’unité de législation et d’impôt. De son côté, le parti orangiste ne pouvait nier qu’il avait jadis appelé de tous ses vœux la constitution d’un pouvoir central auquel ne manquait que le nom de royauté ; ce n’était pas la faute de Louis si les orangistes avaient échoué. La famille d’Orange portait la peine de ses maladresses récentes, et son représentant, le prince héréditaire, avait obtenu la principauté de Fulde comme une sorte d’indemnité des pertes que sa famille avait subies du fait de la révolution ; cela équivalait à une renonciation à la Hollande, et cette opinion était fort goûtée de Louis, facilement enclin aux idées légitimistes. En définitive, le parti orangiste n’était pas, comme les bourbonniens en France par exemple, inféodé à un principe absolu ; les princes d’Orange n’avaient jamais gouverné en vertu d’une sainte ampoule quelconque, et les orangistes pouvaient sans aucun sacrilège, sans renier aucun dogme, servir leur patrie sous un prince d’une autre maison. L’ancien patriciat était mort comme puissance politique ; l’influence individuelle, toujours très grande, de beaucoup de ses membres pouvait, moyennant quelque habileté dans les choix, passer à l’actif du nouveau régime. Quant à la masse du pays, au moment dont nous parlons, elle n’était précisément ni orangiste ni patriote ; elle était lasse, découragée ; elle admirait Napoléon et le redoutait. Mécontente, humiliée au premier abord de se voir menée comme un troupeau, elle reconnaissait qu’après tout, si l’empereur eût voulu, il aurait eu la force nécessaire pour rayer la Hollande du nombre des nations, et que mieux valait encore rester soi-même en acceptant un de ses frères pour souverain que de se suicider par une folle résistance. On pouvait même espérer des compensations à cette résignation forcée. Par affection pour le frère qu’il avait fait roi, l’empereur lui faciliterait sa tâche et ferait peser de moindres exigences sur le peuple qui l’aurait pour souverain que lorsqu’il n’avait affaire qu’à un magistrat suprême électif, qui, au bout du compte, n’était lui-même que sa créature. Sans doute il se laisserait plus facilement persuader par son frère de l’impossibilité d’appliquer à un pays ne vivant que de commerce les rigoureuses mesures que sa politique le conduisait à imposer à la France et à ses autres alliés dans l’intérêt de sa lutte acharnée contre l’Angleterre. Si, comme il le promettait, Louis se montrait