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Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/822

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et couvert du caractère le plus respectable dont on pût être revêtu. »

« C’est ainsi que la conversation a fini, M. Cocey y ayant seulement ajouté quelques politesses personnelles sur le chagrin qu’il avait d’être chargé d’une pareille commission.

« Un demi-quart d’heure après, M. Cocey est revenu dans le même endroit où il avait avant trouvé l’ambassadeur, et lui a déclaré que le roi son maître le renvoyait pour lui dire très sérieusement qu’il se disposât à partir de Dresde très promptement.

« M. le comte de Broglie lui a répondu : « Monsieur, sa majesté prussienne doit être informée déjà des raisons qui me retiennent ici. Dès que les ordres que j’attends et qui doivent arriver incessamment me seront parvenus, je les exécuterai sans délai. Je ne saurais m’imaginer que sa majesté prussienne veuille prendre aucune mesure pour me les faire parvenir. Vous sentez bien d’ailleurs qu’il faut des préparatifs pour un voyage de cette espèce ; de plus il est nécessaire que sa majesté prussienne ait la bonté de charger quelqu’un de concerter avec moi les arrangemens convenables pour la sûreté du secrétaire que j’ai ordre de laisser auprès de la reine de Pologne, afin d’entretenir la correspondance de cette princesse avec Mme la dauphine. »

« M. Cocey est entré dans quelques raisonnemens assez polis, mais trop longs à déduire, et a fini par dire « qu’il doutait que le roi son maître voulût écouter ces représentations, et qu’il comptait qu’il aurait encore une troisième commission à exécuter, demandant à cet effet à M. l’ambassadeur s’il le trouverait au même endroit. » Sur quoi il lui a été répondu : « Monsieur, dès que j’aurai eu une audience de la reine, je retournerai chez moi, où il me semble qu’il serait plus convenable que vous eussiez la bonté de vous rendre. »

« L’audience que la reine de Pologne a donnée à M. l’ambassadeur ayant duré une demi-heure, ce ministre est revenu chez lui, où il a trouvé M. Cocey, qui s’y était déjà rendu ; il a de plus trouvé la maison pleine de soldats prussiens conduits par deux officiers qui venaient s’y loger. M. Cocey a dit à M. l’ambassadeur qu’il venait lui réitérer une troisième fois de la part de son maître que sa majesté prussienne désirait qu’il partît, et qu’elle espérait qu’il recevrait d’ici à trois ou quatre jours les ordres qu’il attendait, et qu’alors il devait emmener avec lui toute sa suite généralement, sans exception du secrétaire qu’il se proposait de laisser auprès de la reine de Pologne, à quoi sa majesté prussienne ne consentirait pas.

« L’ambassadeur a répondu au premier point : « Dès que mes ordres seront arrivés, je me mettrai en marche, mais je ne peux me dispenser de laisser ici le sieur Hennin auprès de la reine de Pologne. Je vous prie de faire sentir au roi votre maître que, cela m’étant ordonné expressément, nulle considération ne peut s’y